Pile à lire Juillet 2022

À ce jour en romans, essais et autres gros livres :

  • Le nouveau réalisme scientifique par Eftichios Bitsakis (entamé)
  • Reasons and persons par Derek Parfit (entamé)
  • Goliath par Scott Westerfeld (à acheter)
  • The deer and the cauldron second book par Louis Cha (à acheter)
  • Felifax tome 2, Londres en folie (à trouver)
  • Les compagnons de l’ombre tome 18 par Jean-Marc Lofficier (fait)
  • Le prisonnier de Zenda
  • Moby Dick par Herman Melville
  • Le monde jusqu’à hier par Jared Diamond
  • Trolls et Légendes : Anthologie officielle
  • Les 1001 nuits tome trois (entamé)
  • Le proche orient de pompée à Muhammad par Catherine Saliou (entamé)
  • Les mines du roi Salomon par Henry Rider Haggard (relecture)
  • Le baptème du feu par Andrzej Sapkowski
  • La route de l’or par Scott O’Dell (relecture)
  • Joseph Balsamo par Alexandre Dumas
  • La rose blanche par Glen Cook
  • Beyond the great south wall par Frank Savile
  • Napoléon par Jean Savant
  • François Premier par André Castelot
  • Imogène et la veuve blanche par Charles Exbrayat
  • Guerre & Dinosaures par Victor Milan
  • Les démons du roi-soleil par Gregory Keyes
  • Le dragon à la frontière par Gordon R. Dickson
  • Les chroniques aztèques par Aliette de Bodard
  • D’Artagnan contre Cyrano de Bergerac par Paul Féval Fils
  • La peur du sage (première partie) par Patrick Rothfuss
  • Winter is coming par William Blanc
  • Fantomas par Pierre Souvestre et Marcel Allain
  • Pietr le Letton par Georges Simenon
  • Les lames du Cardinal par Pierre Pevel (relecture)
  • La dame aux artifices : un roman d’aventure steampunk par Adina Shelley
  • La machine à remonter les rêves par Johan Heliot
  • La horde du contrevent par Alain Damasio
  • Royaume de vent et de colères par Jean-Laurent Del Socorro
  • Le bossu par Paul Féval
  • Le fiel par Mathieu Gaborit
  • Utopia par Thomas More
  • Le docteur Ox par Jules Verne
  • La race future ou la race à venir par Edward Bulwer Lytton
  • Tarass Boulba par Nikolai Vassilievich Gogol
  • Sortilèges et malédictions par Claudia Gray
  • American Gods par Neil Gaiman
  • La maison des grenades par Oscar Wilde
  • Cyberpunk par Bruce Bethke
  • Faust par Goethe
  • Eric le magnifique par Serge Dalens
  • Dernier contes par Edgar Allan Poe
  • L’œuvre fantastique par Théophile Gauthier
  • La femme du bois par Merritt Abraham
  • Cosmogonies par Julien d’Huy
  • Les mystères de Kiosche épisode 2 par Benjamin Lupu
  • The falling machine par Andrew P. Mayer
  • Malpertuis par Jean Ray
  • All your yesterdays
  • Infographie de la Rome antique (entamé)
  • Sapiens, Une brève histoire de l’humanité par Yuval Noah Harari
  • L’héritage mystérieux par Pierre Ponson du Terrail
  • South sea adventures par Willard Price
  • Le titan de l’espace par Yves Dermèze
  • Moriarty par Kim Newman
  • Galaxies n° 75 bis les uchronies
  • Totall recall et autres récits par Philip K. Dick (entamé)

BD, mangas, comics :

  • Ekho tome 2 et +
  • Mouse guard (entamé)
  • League of extraordinary gentlemen (tome 3 et +)
  • Squirrel Girl (entamé)
  • Garde national
  • Dragons et poison
  • Aspic Détectives de l’étrange tome 5 et +
  • Bernard Prince tome 5 et +
  • Les reines de sang Aliénor la légende noire tome 1 et +
  • Le garage hermétique par Moebius
  • Jour J tome 33 et +
  • Blacksad tome 1 et +
  • Bob Morane tome 1 et +
  • La chronique des immortels tome 3 et +
  • Holmes par Brunschwig/Cecil tome 3 et +
  • Infinity 8 tome 2 et +
  • Tigresse blanche tome 1 à 4
  • Wampus
  • Les dirigeables de l’Amazone
  • La colère de Fantômas tome 2 et +
  • Atalante tome 2 et +
  • Luuna tome 1 et +
  • Blake & Mortimer 1 à 3 et 8, 9 et 19 et +

Films à regarder

  • John Wick 3
  • La cité des enfants perdus
  • L’étrange histoire de Benjamin Button
  • Soleil vert
  • Vol au dessus d’un nid de coucou
  • Le faucon maltais
  • Underworld
  • Machete
  • Fire and Ice
  • The Abyss (re-visionnage)
  • Le retour de la panthère rose
  • Le seigneur des anneaux, Les deux tours (re-visionnage)
  • Blade (re-visionnage)
  • Le loup-garou de Paris (re-visionnage)
  • Robin des bois, prince des voleurs (re-visionnage)
  • Le Château de Cagliostro

Série à regarder

  • Lupin deuxième saison

Le livre du jour : Le fleuve électrique par Victor Fleury et Vincent Longrive

Verdict : bien

Situé dans le même univers que l’Empire électrique et l’Homme électrique, ce roman est une histoire indépendante, parue récemment (Mars 2022) issu de la collaboration de Victor Fleury, auteur des deux autres livres, et de Vincent Longrive qui l’aurait apparemment aidé à développer cet univers uchronique, steampunk (ou Voltapunk pour être plus précis) et fantastique.

Ayant apprécié les deux précédents tomes, bien que les trouvant pas mal différents l’un de l’autre, je me suis fait offrir sans hésitation ce volume-ci qui promettait un peu d’exotisme et de colonialisme puisque la majorité de l’action se situe sur ou autour du fleuve Congo, au cœur de l’Afrique donc. L’action se situe, de plus, en 1892, date à laquelle, dans notre réalité, le Congo était sous la domination directe personnelle de Léopold II, roi des belges, qui a infligé à cette région un des pires exemples de colonialisme imaginable. L’univers « électrique » étant très punk, donc dystopique, on peut imaginer que l’ambiance sera proche.

Et en effet, on retrouve bien ce « brave vieux » Léopold, car même si l’Europe dans sa majorité, dont la Belgique, est dominée par la France et appartient à l’Empire napoléonien, dit électrique, Léopold II est ici au service de la France comme gouverneur local ou quelque chose du genre, libre donc de faire tout le dégât qu’il veut. Et ce qu’il y a de bien avec un vilain comme celui là c’est qu’il n’y a pas de risque d’exagérer, quelques soient les horreurs dont on le rend responsable, l’histoire prouve que c’est crédible.

Deux héros et demi, la demi étant ici Irène Adler utilisée parfois comme alliée des protagoniste, parfois comme adversaire, viennent enquêter sur le fleuve Congo qui s’électrise pour une raison inconnue. L’un est un journaliste français, l’autre un soldat local qui jouait les gardes du corps pour une altesse quelconque en Europe et s’est fait repéré pour son courage et ses capacités. Malheureusement on tombe avec ces deux héros dans le stéréotype très moderne du héros noir qui a presque toute les qualités (bon il est colérique, mais vu ce dont il a été victime de la part des méchants blancs, on lui pardonne) et du héros blanc qui n’en a presque aucune (c’est un type à peu près décent, moralement, sinon c’est un gros boulet).

Et donc oui Irène Adler fait la troisième de ce trio ultra classique de stéréotype en étant la femme ultra compétente, féministe, forcément plus intelligente que les deux mâles réunis, et qui finit par coucher avec le héros noir de peau. Où ai-je déjà vu ça ?

Je dois admettre, un stéréotype peut très bien fonctionner, je suis moi-même grand fan de Conan, le problème c’est quand il est à la mode et qu’on le voit partout ce qui est un peu le cas en ce moment.

En dehors de ça, malgré un scénario qui me fait fortement penser à Apocalypse now, du moins pour les deux premiers tiers, et un univers à la base très sombre et très sérieux, l’écriture fait que j’ai du mal à prendre ce texte au sérieux. Il y a un humour régulier, un ton, l’intervention d’éléments qui sont de gros clins d’œils et sont traités comme tels qui font qu’on ressort systématiquement du drame et qu’on se rappelle régulièrement que ce n’est qu’un livre.

Malgré des personnages bien travaillés, quoique stéréotypes, un récit horrible qui fait écho à des horreurs réelles, ces coups de coudes réguliers de la part des auteurs font que je n’arrive pas à ressentir d’empathie, je reste juste lecteur. Et c’est le plus gros défaut du livre. D’autant que je n’avais pas ce problème avec les deux tomes précédents, malgré la multiplicité des points de vues.

La résolution de l’intrigue contribue aussi beaucoup à ce sentiment, qui du coup ne fait que s’accentuer tout le long du livre. La situation qui apparaît, sinon catastrophique du moins mal barrée pour que ça se termine bien, se résout quasiment sur un coup de baguette magique. Malgré une position de force les adversaires des deux héros acceptent de négocier au bénéfice de ces deux hommes qui n’ont quasiment rien à fournir, juste parce que « pourquoi pas ? » Qu’ils sont bien braves ces vilains là.

On a l’impression que les auteurs ne prennent pas leur sujet au sérieux, et à ce moment là, pourquoi le lecteur le ferait-il ? J’avais des critiques d’un autre genre à l’égard des tomes précédents, forcément, mais là je suis un peu déçu du coup, même si ça reste une bonne lecture.

Pour aller plus loin :

Un autre avis, plus enthousiaste, sur ce roman.

Les livres du jour : La rivière sans visage, Jeanne d’Arc au pôle nord, Le mousquetaire de Mars et la bibliothèque chantante

J’avais critiqué en Janvier dernier deux fascicules reçus pour Noël : Revoir Rome, et Jeanne d’Arc contre le maître des vampires. A la hauteur de leurs prétentions, ces deux récits m’avaient convaincu de retenter ma chance avec les éditions du Carnoplaste. Certes, les fascicules proposés sont un peu chers pour ce qu’ils sont, des romans courts, imitant une littérature populaire rarement de qualité et imprimés à dessein sur des supports peu durables et moins coûteux. L’idée est de continuer la tradition d’un genre qui était très populaire à une époque où il y avait bien moins d’autres distractions, mais que la télévision, en proposant des façons de se vider le cerveau bien plus stupides a complètement tué. Ce qui fait que la quantité écoulée par le Carnoplaste nécessite sans aucun doute des prix très élevés pour faire survivre la maison d’édition. En admettant qu’elle survive, je n’en suis pas convaincu.

C’est donc un peu cher mais ça se justifie, pas par la qualité de l’objet, ni forcément celle du texte mais par l’expérience assez « snob » ou « hipster » de lire en 2022 des fascicules comme si on était un homme du peuple du début du siècle précédent. Oui, le temps ennoblit beaucoup de choses et fait passer les œuvres de la culture populaire à une culture élitiste. Dans un siècle il faudra sans doute être cultivé, ou plutôt snob, pour apprécier les émissions de télé réalité, Justin Bieber ou Christopher Nolan.

En attendant, j’ai donc pris mon plaisir de petit bourgeois du XXIe siècle en lisant cette fois quatre fascicules que j’ai reçus pour la fête des pères. Dans l’ordre chronologique de parution, nous avons donc :

La rivière sans visage de Robert Darvel, paru en 2008. Premier numéro de cette reprise « moderne » des aventures d’Harry Dickson, un classique du siècle dernier, et pour preuve, ce premier numéro commence au 181, c’est dire que le détective avait eu du succès sous la plume de Jean Ray. Ça faisait un moment que je voulais lire du Harry Dickson, et je pensais en avoir eu l’opportunité récemment, mais je m’étais trompé, ce n’était que du Harry Taxon, les récits allemands à l’origine de la série.

Et ici il ne s’agit pas non plus du vrai Harry Dickson puisque c’est une reprise, un hommage, qui se veut dans l’esprit, mais sans garantie. Et ne connaissant pas l’original, je ne pourrais dire si la copie est ressemblante ou non. Et à dire vrai, j’espère plutôt que non car cette version n’était pas terrible à lire. Confus, incohérent, sans enjeu ce texte ne m’a accroché à aucun moment, malgré mon désir d’aimer. Des six fascicules du Carnoplaste que j’ai lu à ce jour, c’est le pire et de loin. Ni le fond ni la forme ne sont agréables.

Verdict : on va dire passable pour le principe.

Deux ans plus tard, en 2010, paru Jeanne d’Arc au pôle nord, toujours par Robert Darvel, et suite de Jeanne d’Arc contre le maître des vampires, lu précédemment et suffisamment apprécié pour que je souhaite lire la suite, qui est dans la même veine. C’est toujours bien barré, mélange de symbolisme et de fantastique sorti de nul part, mais qui reste agréable à lire, même si on a l’impression d’être plus sur une recherche de symbolisme, proche des contes, que sur une véritable histoire.

On est en effet sur une trame très ancienne où l’héroïne se contente de subir les évènements et obéir aux sages qui lui disent quoi faire, quand le faire, et lui prêtent une assistance surnaturelle pour franchir toutes ses épreuves. Plus long ce serait peut être pénible, mais si il y avait une suite, je me laisserai quand même tenter une fois de plus.

Verdict : assez bien.

De Eric Nieudan cette fois, nous avons Le mousquetaire de Mars, datant de 2014 que je supposais être un mélange des Trois mousquetaires, d’Alexandre Dumas et du cycle de Mars d’Edgar Rice Burroughs. Deux références qui ma plaisent, à des degrés divers et pour des raisons différentes, mais l’idée du mélange me plaisait bien. Et le récit répond largement à mes attentes puisqu’en gros c’est ça.

Pas tout à fait quand même puisque le côté Mars correspond quasiment à ce que j’attendais, avec même une référence directe à Barsoom, nom de la planète dans les histoires de John Carter, et de nombreuses autres références à la série de livre, mais l’aspect mousquetaire tire beaucoup aussi du côté de Cyrano de Bergerac, une autre excellente référence.

Le tout forme un mélange qui me rappelle De cape et de crocs, par certains côtés, et il faut le reconnaître, en moins bien quand même. L’histoire respecte trop bien les règles du genre « Sword and planet » et c’est daté. Oui, je suis en train de reprocher au texte de faire très exactement ce qu’il a promis de faire. Mais voilà, faut bien reconnaître que ce genre de récit est un peu dépassé.

Et la seule entorse qui semble être faite aux règles du genre est que le héros, pourtant décrit comme un rude gaillard, gascon bagarreur et digne héritier d’un d’Artagnan, se fait sans arrêt sauver par les princesses qu’il tente lui même de secourir. C’est drôle, un peu, mais aussi décevant de ne jamais le voir vraiment gagner par lui-même.

Verdict : bien, quand même.

Dernier texte, de 2016, une histoire de Carnacki, La bibliothèque chantante, par Edward Benedict Taylor. Là aussi un héros que je voulais découvrir depuis un moment puisque j’en avais entendu parler à la fois dans les Compagnons de l’ombre, et dans divers textes consacrés à Sherlock Holmes, puisque Carnacki en est une imitation, protagoniste d’une dizaine de textes de William Hope Hodgson, écrits dans les années 1910.

Sa particularité est qu’il enquête sur des phénomènes paraissant surnaturels et qui se révèlent potentiellement effectivement surnaturels, ce qui fait de lui un détective de l’occulte, et un « Ghostbuster » avant l’heure.

Et j’ai vraiment bien accroché à ce récit. L’ambiance, même avant l’intervention du surnaturel, m’ayant fortement séduit. L’intrigue elle même n’est pas extraordinaire, ce n’est qu’un court roman et on a pas la place pour des intrigues très recherchées de toute façon, mais elle n’est pas non plus simpliste. On a un petit côté Sherlock Holmes, un côté Lovecraft, le tout dans une demeure aristocratique de l’Angleterre edwardienne, et ça coche pas mal de cases chez moi.

Contrairement au premier, j’espère que ce fascicule là ressemble au texte d’origine car ça m’a vraiment donné envie d’en lire plus, et malheureusement c’est la seule histoire de Carnacki de la collection. Tant pis.

Verdict : très bien.

Pour aller plus loin :

Robert Darvel semble être la principale plume derrière le Carnoplaste, mais il a également quelques autres romans à son actif.

Eric Nieudan, quand à lui, semble écrire plus du côté des jeux de rôles.

Je n’ai, finalement, rien trouvé du tout concernant Edward Benedict Taylor, qui malgré un nom anglais serait sans doute un auteur français sous pseudonyme.

Down the rabbit hole (Metz, les films, la SF … et moi)

Expression anglaise qu’on peut traduire littéralement par « en descendant dans le trou du lapin » ou quelque chose de similaire. Ce qui ne sonne pas terrible, c’est pourquoi malgré ma préférence marquée pour éviter au maximum l’emploi de la langue anglaise sur ce blog quand le français convient parfaitement, il me faut parfois céder. Sans doute aurais-je pu trouver une expression équivalente en français, mais rien ne me vient à l’esprit qui évoque cette sensation de se laisser entraîner à suivre un chemin qui parait anodin jusqu’à se retrouver à contempler des situations qui ont de quoi altérer profondément notre perception du monde.

Ou plutôt la mienne, et je dramatise. Ceci dit, j’avais prévu aujourd’hui une petite critique de quatre fascicules des éditions du Carnoplaste, faisant suite aux deux que j’avais déjà critiqué début Janvier, mais je me suis effectivement laissé entraîner de fil en aiguille, ou plutôt de lien en lien, hier soir et j’ai découvert quelques points qui me paraissent intéressants, voir plus, et que j’ai donc envie de partager, même s’il s’agit de choses plutôt personnelles ou en tout cas locales.

Ce qui est la suite logique de ce que j’évoquais déjà hier à titre d’anecdote dans ma critique lorsque je parlais du Loup-garou de Paris, une des premières scènes du film ayant été filmée à Metz, Place de la Comédie. Une place que je connais très bien puisque pendant plusieurs années j’y passais tous les jours, à l’aller et au retour pour aller de mon domicile à mon travail et inversement. Ou à chaque fois que je me rendais au centre ville, et vu que c’était l’époque de ma jeunesse, c’était souvent. Et une époque très agréable, qu’il est bon d’être jeune, indépendant et sans la moindre responsabilité.

Chaque fois que j’évoque ce détail, j’ai toujours un reste d’interrogation à l’esprit, me demandant comment un film américain a pu se retrouver à tourner une scène (et une seule !) sur une place dans une ville à des milliers de kilomètres des studios hollywoodiens. Ça parait plus logique quand on considère qu’il s’agit du Loup-garou de Paris, et donc que de tourner quelques scènes en France et à Paris surtout est attendu. Il reste quand même 350 bornes qui ne s’expliquent pas vraiment. Certes, la place de la comédie est belle, et le temple neuf, de nuit, peut apporter une bonne ambiance gothique qui va avec les loup-garous, mais il y a ce qu’il faut à Paris non ?

Vue sur l’intervention française dans la guerre d’indépendance américaine

Toujours curieux donc, j’ai recherché des raisons sur internet juste après avoir posté. Ce n’est pas la première fois que je le fais, mais cette fois j’ai pu commencer à avoir quelques débuts d’explications : d’une part Le loup-garou de Paris est une production internationale, avec participation du Luxembourg, ce qui peut expliquer que des scènes aient été tournées au Luxembourg et par facilité, d’autres à proximité. Et d’autre part, Wikipédia m’indique que cette place n’est pas la seule partie de Metz à apparaître dans le film puisqu’une scène aurait également été tournée dans un cimetière de la ville.

Lequel j’en sais rien, et n’ayant pas vu le film depuis des années, je ne me souviens même pas qu’il y a une scène dans un cimetière. Ma curiosité est immédiatement attisée et illico presto je décide de revoir rapidement ce film (enfin rapidement … tout est relatif).

Suivant divers liens, je tombe sur l’information que Le loup-garou de Paris n’est pas le seul film a avoir été filmé ici. Pour certains je le savais, pour d’autres, je ne les connaissais même pas mais un titre me surprend quand même pas mal : Robin des bois Prince des voleurs !

C’est pas que ce soit un chef d’œuvre, ni un film m’ayant particulièrement marqué, c’est juste un film d’action des années 90 avec ce qu’il faut de comédie pour être sympa à regarder et surtout pas être pris au sérieux. Mais j’ai de bons souvenirs de ce film et je ne vois pas quel scène a pu être filmée à Metz ? Et encore une fois, pourquoi ? Carcassonne je peux comprendre, mais malheureusement les allemands ont flingué nos remparts pendant l’occupation de 1871-1918, il ne reste pas grand chose de médiéval ici ! Bon, ça fait un deuxième film ajouté dans ma pile à regarder.

Si il y avait la Porte des allemands dans le film, je crois que j’aurais reconnu quand même.

Continuant de suivre les liens qui tournent autour de ce sujet, j’arrive sur quelque chose d’un peu différent : le festival de Science-fiction de Metz. Festival qui a eu lieu de 1976 à 1986, et si ça parait rien comme ça, j’apprends qu’alors que j’étais là, enfant, ma ville était à la pointe en ce qui concerne la culture qui me passionne. Et je n’en ai rien su jusqu’à aujourd’hui ! (Oui bon hier, techniquement).

Et quand je dis la pointe c’est sans exagérer pour le coup. Star Wars, sorti en Octobre 1977 en France a été diffusé en avant-première à Metz pour ce festival. Philip K. Dick est venu (une de ses très rares sorties hors USA) et y a offert une conférence. Sans compter des noms comme Frank Herbert, Serge Brussolo, Roger Zelazny, Pierre Pelot, Stephan Wul, P.J. Farmer, Richard Matheson, ou Robert Silverberg, pour ne citer que ceux que j’ai lu. Ou Druillet et Mœbius pour la BD … Du beau monde quoi. Même si personnellement je n’ai jamais compris l’intérêt d’un autographe ou d’échanger trois mots avec un type connu, ça apporte quoi ?

Mais ce que ce festival de SF a apporté à Metz, c’est une collection unique de volumes (plus de 15000) qui font de la bibliothèque de la ville la première de France dans le domaine. Bibliothèque à laquelle j’ai emprunté de nombreux ouvrages dans ma jeunesse et où j’ai appris à aimer la SF, le fantastique … Et si il y avait eu moins de choix, me serais-je tourné vers un autre genre ?

Je crois que non car ce sont plus les jeux de rôles, que j’ai connus grâce aux Livres à jouer, et particulièrement Le grand mammouth, qui m’ont amené à embrasser pleinement ce domaine. N’empêche, j’étais loin d’imaginer que Metz était pionnière du genre et que potentiellement ça avait eu une influence sur mes lectures et mes goûts.

Le livre du jour : Les compagnons de l’ombre tome 17 par Jean-Marc Lofficier

Verdict : bien

Cela doit se voir un peu sur ce blog, je me suis plus ou moins mis sur un rythme d’un tome par mois pour les Compagnons de l’ombre. C’est une série que j’apprécie, sans en être fanatique au point de vouloir tout lire tout de suite comme ça a pu être le cas pour d’autres séries dans ma jeunesse, mais c’est peut être la maturité qui parle, et même si je pourrais les enchaîner, je préfère me restreindre un peu et apprécier chaque tome. Et puis ce n’est pas facile de se les procurer. Pour le coup j’ai un peu tardé dans ma commande, la commande elle-même a mis du temps, et je n’ai donc reçu mes deux derniers tomes que Jeudi dernier.

Voilà pourquoi la critique habituelle du début de mois est faite cette fois le 28 … et passons directement à cette critique plutôt que de continuer à raconter ma vie.

Ce tome 17, paru en 2016, est un peu particulier puisqu’une bonne moitié en est dédiée à un roman court, qui n’est accompagné, du coup, que par cinq nouvelles. La belle illustration de couverture, qui n’est pas sans rappeler Frank Frazetta, illustre bien ce roman, basé sur la rencontre de Jules Verne et d’Edgar Rice Burroughs, deux auteurs importants de cette littérature de l’imaginaire du tournant du siècle qui constitue la base et l’inspiration des Compagnons de l’ombre. Et vu comme Frazetta a illustré bon nombre de récits issus eux-mêmes de cette littérature, on est bien raccord avec les thèmes et ressentis attendus. Je disais du numéro treize qu’il avait la meilleure couverture, je crois bien que celle-ci la bat.

Ce roman court donc, c’est Retour au centre de la terre par John Peel. Une suite non officielle et pas tout à fait dans le même esprit du célèbre Voyage au centre de la terre de Jules Verne, avec en invités quelques autres personnages de l’écrivain et d’ailleurs. Ce retour au centre de la terre amène les héros dans la terre creuse, Pellucidar, imaginée par Edgar Rice Burroughs, et si cette histoire me parait située un peu entre les deux, je trouve que dans le ton, les thèmes et l’écriture, on est plus proche du roman populaire de l’auteur américain que du roman éducatif et d’anticipation du français.

Et du coup, c’est une distraction sympa, bien faite, mais assez convenue. J’aime bien le mélange et c’était une lecture agréable, je préfère nettement ce roman au non sens complet qu’était le roman court sur le Nyctalope présent il y a quelques tomes de cela, mais ça reste limité.

Et peut être un peu trop d’effort pour juste dire « regardez ces deux univers sont pas mal compatibles ». Une histoire plus courte aurait suffit. Ou alors il aurait fallu inventer un peu plus et pas marcher autant dans les traces des deux écrivains.

On appréciera quand même l’originalité d’un personnage « principal » féminin qui sort des caricatures, avec un caractère relativement complexe. Cet aspect là, par contre, est traité un peu trop vite et c’est dommage car c’est une des plus grosses déviations par rapport au genre.

Après cette grosse histoire on enchaîne donc avec cinq nouvelles, proposées toujours dans l’ordre chronologique.

On commence en 1766 avec Ténèbres dans les bois par Nathan Cabaniss est une courte enquête menée par Joseph Balsamo, un personnage que je ne connais pas encore, qui est dans ma pile à lire, et que je n’imaginais pas comme ça. Un texte que j’ai trouvé bien sympathique même si l’aspect enquête est réduit à sa plus simple expression ou presque : on nous annonce directement deux suspects possibles seulement, histoire d’accélérer les choses, on a une fausse piste, et le vrai coupable c’est l’autre. Tout se dénoue très rapidement, trop.

Puis vient Travis Hiltz avec Tous les chemins mènent à Mars, une histoire du docteur Omega que les courants temporels amènent sur Mars en partant de la Russie en 1812. Que va-t-il faire sur Mars ? J’ai eu un peu de mal à suivre en fait. C’est la conclusion d’une série de nouvelles parues dans les précédents tomes et entre le temps écoulé depuis ces lectures et l’intervention de beaucoup de personnages qui me sont inconnus, j’ai un peu lâché l’intrigue. Ça reste très lisible quand même.

Rouletabille se prend pour James Bond, avec un bon demi-siècle d’avance puisque ça se passe en 1926, et affronte un vilain très moderne dans Rouletabille et le nouvel ordre mondial de Martin Gately. L’actualité est telle que je me surprendrais presque à être du côté du « vilain ». On y rend au passage hommage au Train perdu d’Arthur Conan Doyle.

Dans Le privilège d’Adonis de Christofer Nigro Félifax se retrouve à Paris en 1931, après avoir visité Londres dans le roman qui me manque, il s’y retrouve confronté au Loup-garou de Paris, et au Bossu de Notre-Dame. J’ai une petite faiblesse pour Félifax, et aussi pour le Loup garou de Paris, enfin pour ce dernier il s’agit du film et c’est surtout parce qu’il a été tourné en parti près de chez moi et qu’un ami de jeunesse y tient un petit rôle de figurant, dans tous les cas je suis toujours content de trouver des références à ces personnages, après le scénario est simple et il ne s’agit que d’une simple confrontation, un peu légère dans son écriture.

Une très courte nouvelle, non datée, est proposée par Jean-Michel Ferragatti et conclut le recueil : Rencontre fort improbable, hommage à une série parue dans les années 70, les aventures de Freddy Ravage, inspiré par Bob Morane et Doc Savage, ce dernier étant assimilé dans la série des Compagnons de l’ombre à Doc Ardan, héros de La cité de l’or et de la lèpre, roman de 1928. Un clin d’œil sympathique à une série visiblement très peu connue.

Pour aller plus loin :

Critique des compagnons de l’ombre tome 1.

Critique des compagnons de l’ombre tome 2.

Critique des compagnons de l’ombre tome 3.

Critique des compagnons de l’ombre tome 4.

Critique des compagnons de l’ombre tome 5.

Critique des compagnons de l’ombre tome 6.

Critique des compagnons de l’ombre tome 7.

Critique des compagnons de l’ombre tome 8.

Critique des compagnons de l’ombre tome 9.

Critique des compagnons de l’ombre tome 10.

Critique des compagnons de l’ombre tome 11.

Critique des compagnons de l’ombre tome 12.

Critique des compagnons de l’ombre tome 13.

Critique des compagnons de l’ombre tome 14.

Critique des compagnons de l’ombre tome 15.

Critique des compagnons de l’ombre tome 16.

Le livre du jour : Le monde sans fin, miracle énergétique et dérive climatique par Christophe Blain et Jean-Marc Jancovici

Verdict : très bien

Paru en Octobre 2021, il y a un peu plus de six mois donc, cette grosse BD ne raconte pas vraiment une histoire (juste un peu la biographie de Jean-Marc Jancovici et comment la décision de faire le BD est née), mais est plutôt une BD de vulgarisation scientifique dans le domaine de l’énergie, de la croissance et des problèmes associés. Y compris bien sûr la pollution associée, sujet important du moment, même si la BD est loin de se limiter à cet aspect.

J’avais découvert Jean-Marc Jancovici, pour ma part, il y a un certain nombre d’années déjà, à l’occasion d’une intervention de sa part pour un comité de l’Assemblée nationale (je crois) qui était donc filmée et diffusée, en ligne peut être ou peut être est-ce une des rares fois où j’ai regardé la chaîne Public Sénat. L’homme parlait bien, savait visiblement de quoi il parlait et il était rare de tomber sur quelqu’un capable de parler d’énergie et d’écologie sans tomber dans la caricature. Quelqu’un capable dire « oui nous allons vers une catastrophe » mais qui propose des solutions.

A l’époque c’était des solutions pour tenter d’éviter la catastrophe, aujourd’hui c’est plutôt pour limiter son impact, quelques années se sont écoulées et puisqu’en France comme ailleurs dans le monde on a fait qu’empirer la situation au lieu de commencer à régler le problème, il est malheureusement trop tard pour s’en sortir sans dégâts.

Christophe Blain, auteur et dessinateur BD est lui aussi tombé sur les conférences de Jean-Marc Jancovici et lui s’est dit : pourquoi j’en ferais pas une BD éducative ? Le monde sans fin est donc le résultat de cette collaboration.

Pour qui s’intéresse un peu au sujet, le Monde sans fin n’apportera pas grand chose de nouveau, bien qu’épais, l’album est après tout une version très visuelle, donc prenant pas mal de pages, d’un discours de vulgarisation sur les liens entre la consommation d’énergie et le « progrès », la croissance, le capitalisme, et les conséquences d’utiliser des ressources finies pour entretenir une croissance qu’on souhaite infinie (la croissance infinie est un mécanisme de base qui permet d’entretenir le capitalisme en le rendant supportable, voir attractif, sans croissance la machine s’arrête en faisant du dégât).

J’aime beaucoup le discours de Jean-Marc Jancovici car il raisonne en scientifique. Il ne juge pas notre société ou le capitalisme d’un point de vue moral ou idéologique mais physique et mathématique. Il peut ainsi prédire sans gros risque de se tromper (on est pas à l’abri d’un élément hors contexte comme la découverte soudaine d’une source d’énergie exploitable facilement et ne polluant pas) que la décroissance n’est pas quelque chose de nécessaire, mais quelque chose d’inévitable. A un moment l’humanité va forcément se trouver à épuiser une ressource. Ce pourrait être demain, ce pourrait être dans un siècle ou plus.

Malheureusement, il semblerait que cette « ressource » soit notre capacité à polluer sans conséquence notable, et la limite c’est plutôt demain que dans un siècle. Chiffres et démonstrations à l’appui.

Malgré ce point de vue plutôt écologiste, Jean-Marc Jancovici n’est pourtant que peu apprécié chez ces derniers, il a les défaut d’être en faveur du nucléaire, et il se permet même d’avoir de bons arguments. Comme je le disais plus haut, c’est un scientifique, pas un idéologue, ça pose tout de suite problème en politique. Ceci dit, tant au niveau des ventes que de la critique, cette BD est bien accueillie et c’est une bonne chose.

Jean-Marc Jancovici, en conférence, est convaincant. Ici c’est pareil. C’est clair et bien argumenté. C’est aussi, malheureusement, une œuvre de vulgarisation limitée, malgré sa taille, ça reste une BD et ne vaut pas de creuser un peu soi-même. Il faut prendre comptant un certain nombre d’affirmations, ce sont les limites du format (ceci dit, quoiqu’en disent les détracteurs, de ce que j’ai pu en vérifier en consultant des sources plus spécialisées, ce qui est affirmé ici est correct, sinon dans le détail du moins dans les grandes tendance, par exemple le nucléaire, malgré quelques catastrophes genre Tchernobyl, reste la source d’énergie qui tue le moins. Oui, les éoliennes tuent plus. Mais c’est des mineurs ou ouvriers chinois donc on s’en fout).

Le fait que ce soit une BD, donc graphique, apporte certainement un plus au niveau de la facilité de lecture, même si je ne suis pas fan des dessins, mais limite donc la quantité d’information, c’est donc un excellent ouvrage d’introduction, pas plus. Mais pour quiconque prétend avoir un avis dans le domaine, c’est à dire tout le monde aujourd’hui car le réchauffement climatique est sans doute l’enjeu le plus important de notre époque, une introduction reste mieux que rien du tout, sa lecture me parait donc quasiment indispensable pour qui n’a pas déjà bien étudié la question, soit au moins 90% de la population.

Pour aller plus loin :

Jean-Marc Jancovici a écrit un certain nombre de livres, mais bon nombre de ses interventions sont visibles sur Youtube, et comme je l’expliquais hier il peut m’arriver de recommander des formats vidéos, même si ça pollue.

Christophe Blain de son côté a déjà pas mal de BD de son côté également, la plupart que je n’ai pas lues, mais les Donjons oui, et c’est bien !

La vidéo du jour : L’amnésie écologique par Dirty Biology

Verdict : très bien

Dirty Biology est une chaine youtube qui parle de vulgarisation scientifique en générale et de biologie et d’écologie en particulier. Elle existe depuis sept ans, animée par Léo Grasset, et la vidéo dont j’ai envie de parler aujourd’hui, datant de 2016, est à propos d’un concept que je trouve très intéressant : l’amnésie collective, ici appliquée à l’écologie.

Pour voir la vidéo, c’est ici, pour en parler ce sera en dessous.

Comme je l’expliquais hier, donc, j’ai donc décidé de parler un peu d’écologie, ce qui est le cas avec cette première « critique », mais la démarche de parler d’écologie en utilisant des vidéos vues en streaming peut paraître hypocrite et contre productive : en effet on sait que l’informatique et particulièrement les vidéos, pollue.

Et c’est vrai qu’on pourrai faire mieux. Les vidéos prennent beaucoup de place sur les serveurs et en bande passante, et l’informatique en règle générale pollue. Après tout son utilisation nécessite de l’énergie. Quitte à choisir donc, il vaudrait mieux un texte qu’une vidéo, c’est une des raisons pour lesquelles j’ai choisi de créer un blog et non une chaîne youtube d’ailleurs.

Ceci dit, il convient de se poser la question de quelle quantité de pollution on parle, et pour avoir lu pas mal sur le sujet, et fait le test pour évaluer ma propre consommation carbone, on est encore très loin de la quantité de pollution crée par la voiture ou le fait de manger du bœuf. D’autant qu’une très grosse partie de cette pollution venant de l’informatique provient de la fabrication du matériel. En bref favoriser la lecture de blog par rapport au visionnage de vidéos Youtube est une bonne chose, et je ne peux que recommander, effectivement, de ne pas passer ses journées à regarder des vidéos et préférer d’autres usages, mais faire durer son matériel (téléphones, ordinateur) plus longtemps est bien plus efficace, et se passer d’un voyage en avion aura le même effet qu’une année entière de consommation de vidéos, sans parler de faire du vélo au lieu de la voiture ou de préférer le poulet à la place du bœuf.

C’est pourquoi je n’hésite pas à proposer une vilaine chaîne Youtube.

Cette grosse parenthèse étant refermée, parlons un peu du sujet de la vidéo. Pour ceux qui ne veulent pas passer douze minutes à la regarder, parce qu’elle est bien faite, très intéressante et que je n’ai pour le coup pas grand chose à ajouter.

La vidéo nous explique donc, en prenant les lions qui vivaient en Grèce comme exemple, que ce que l’on considère comme « normal » et qu’on garde comme référence évolue d’une génération à une autre sans qu’on en ait forcément conscience. Si nous savons quand même globalement que la société a évolué sur pas mal de points, et que la vie était bien différente au siècle dernier, et plus encore avant, nous ne réalisons pas toujours à quel point, et certaines choses nous paraissent fixes alors qu’elles ne le sont pas.

Comme les paysages grecs qui étaient bien moins secs et bien plus feuillus il y a 2500 ans. Et comme la présence de lions dans ces paysages qui ont disparus en quelques siècles.

En corollaire, nous n’avons donc intuitivement qu’une faible idée des dégâts écologiques que nous pouvons commettre. A quel point notre environnement est aujourd’hui mort, il n’y a pas d’autre mot, par rapport à ce qu’il était quelques générations plus tôt reste invisible.

Même en admettant qu’on se dise qu’on survit très bien après tout comme ça, avec ce que nous avons aujourd’hui (mais ce n’est pas le cas, nous ne sommes pas à l’équilibre, nous épuisons la nature, c’est un rythme impossible à tenir), il reste dommage qu’on soit incapable de concevoir ce que nous avons perdu.

Cette même amnésie générationnelle existe dans de nombreux domaines, ce qui rend ce concept aussi intéressant, et avec parfois des conséquences bien moins dramatiques mais qui peuvent provoquer la réflexion : à quel point ce que nous considérons comme la norme, comme ce faisant depuis toujours est-il récent ?

Pour citer un exemple bien plus léger, mais qui m’intéresse également, c’est ce genre de phénomène qui fait qu’on redécouvre aujourd’hui que la science fiction existait bien en France (et ailleurs sans aucun doute) avant qu’elle ne soit « inventée » aux USA dans les années 50 et qu’il ne s’agit donc pas du tout d’une littérature typiquement américaine, mais bien d’une littérature qui, pour des raisons encore à débattre, avait quasiment disparue dans nos contrées pendant un temps.

Importante ou anecdotique, cette capacité que nous avons à l’amnésie collective reste à mon avis quelque chose à garder en tête lorsqu’on parle de bons sens et de ce que « l’on sait bien ».

Parlons un peu écologie

Verdict : ça craint.

Il y a, comme ça, des situations qui marquent. Je me souviens ce jour de Septembre 2001, le 11 forcément, j’étais seul et peinard à la maison, au lieu d’être en cours sans doute, et n’ayant pas à l’époque un forfait internet illimité (eh oui, ça craignait en 2001), je m’occupais comme je pouvais en regardant la télévision. C’est ce genre d’attitude qui me vaut aujourd’hui d’être presque incollable dans les dessins animés des années 2000 que je regardais alors que j’avais dépassé l’âge depuis longtemps.

Ce jour là bien sûr, ce n’est pas un dessin animé que je regardais, mais comme beaucoup de monde je suis tombé sur l’image des tours jumelles en trin de brûler, puis de s’effondrer.

Il y a, comme ça, des situations qui marquent. J’ai su tout de suite qu’un évènement extrêmement grave s’était produit, et j’ai ressenti la nette impression, qui s’est avérée correcte, que je regardais l’Histoire en train de s’écrire. Et ça n’arrive pas souvent dans une vie, en tout cas ça ne m’est pas arrivé souvent. J’ai souvenir d’avoir vaguement ressenti ça en 1989 devant l’effondrement du mur de Berlin, mais j’étais trop jeune pour bien comprendre, et ce n’était pas diffusé en direct, ou en tout cas je ne l’ai pas vu en direct.

Je ne l’ai pas ressenti en tout cas en regardant la France devenir championne du monde ou à l’élection de l’un ou l’autre président. Historique est un mot assez relatif tout de même.

Ça m’est arrivé, par contre, il y a un peu plus de deux ans, je me suis retrouvé encore une fois devant la télévision (mais c’est bien plus rare de nos jours), confiné par le Covid, à regarder les forêts australiennes brûler et les koalas mourir parce qu’on est trop feignants pour se passer de la bagnole pour faire des trajets d’un kilomètre.

Et oui, le Covid lui aussi est un problème écologique, et indirectement la faute de la voiture, mais c’est un autre sujet.

J’ai toujours su, ou en tout cas depuis mon adolescence, que nous allions vers un réchauffement climatique catastrophique. Le sujet est étudié depuis bien longtemps, et connu du grand public depuis les années 80. Je gardais cependant un certain optimisme, l’espoir que l’évidence ne pourrait que s’imposer et que l’humanité déciderait collectivement de faire quelque chose avant qu’il ne soit trop tard. Après tout, on l’a bien fait pour le trou dans la couche d’ozone ou le plomb dans l’essence (quoiqu’à ce sujet, avant qu’il ne soit trop tard est largement discutable …).

Bien sûr je savais que plus tard on interviendrait et plus cette intervention serait douloureuse mais je gardais espoir.

Et puis voilà, sont venus les koalas cramés de 2020 et devant mon poste, je me suis dit, ça y est, on y est, ça commence réellement. Réaction exagérée sans doute, dans ce domaine il est difficile de parler d’un vrai cap qui ne peut être que symbolique, mais ce symbole pour moi c’était ce jour là.

Ce qui ne veut pas dire que la fin du monde est irrémédiable, il y a des degrés dans la catastrophe, mais je suis sûr d’une chose, c’est qu la catastrophe est quasiment impossible à éviter aujourd’hui. Même si on arrête ce soir et totalement de polluer on aura droit à une catastrophe, certes limitée. Le seul espoir serait une nouvelle technologie qui permettrait de renverser le cours des choses, un truc qu’on a donc pas encore, qui prendrait des années à développer et pour lequel on est pas sûr que les conséquences ne seraient pas pires que le mal.

Bref, we are in the caca.

Et deux ans plus tard, alors que la situation ne fait qu’empirer, on continue de voter et élire un gouvernement sur des points aussi secondaires que le pouvoir d’achat …

J’ai donc décidé du haut de mon tout petit blog de parler à mon tour un peu d’écologie, de reformuler les problèmes, les concepts, de partager ce que j’ai appris et me semble important, et si je peux encourager ne serait-ce que deux ou trois personnes à faire quelques progrès dans leur rapport avec l’écologie, et bien ça vaudra le coup.

Ça me permettra au passage de critiquer bon nombre d’œuvres qui parlent de toute façon de ce sujet.

Le livre du jour : Corto Maltese, La ballade de la mer salée par Hugo Pratt

Verdict : très bien

Premier récit de la série Corto Maltese, cette BD est initialement parue en italien entre 1967 et 1969, avant d’être traduite en français quelques années plus tard et de paraître finalement en album en 1975. Bien que cette histoire soit la première à paraître, dans l’ordre chronologique du récit, elle n’est que la seconde, puisqu’Hugo Pratt lui dessinera une préquelle se passant en Mandchourie.

Mais c’est bien le succès de ce premier album qui permet à la fois à son créateur de connaître une carrière dans la BD et au monde même de la BD d’évoluer puisque son format unique pour l’époque en fait le premier des « romans graphiques » comme on les appelle maintenant quand on est snob, et ouvre la voie à tout ceux qui suivront.

Qui plus est, ayant lu une demi douzaine d’aventures de ce marin, c’est également mon album préféré pour le moment, et donc le meilleur choix pour une critique.

L’histoire se situe en Papouasie – Nouvelle Guinée (capitale Port Moresby !) au tout début de la première guerre mondiale, qui sert un peu de toile de fond à ce récit d’aventure qui sent bon la nostalgie pour ce genre du début du siècle. Et si vous êtes lecteur régulier de ce blog, vous savez déjà que c’est tout à fait mon genre de littérature.

Tout, dans l’apparence de ce héros, dans le style du dessin, dans les ressorts du récit, fait corps pour nous replonger dans cette ambiance, et j’adore ça. Le succès de cette BD n’est aucunement étonnant car c’est une belle réussite, malgré les limites visibles de l’auteur.

Car oui, malheureusement, il reste quelques gros défauts dans cette œuvre sans doute un peu immature, défauts que l’on voit se corriger petit à petit dans les albums suivants, mais malheureusement ces derniers n’ont pas non plus la même fraîcheur que La ballade la mer salée peut avoir.

Étonnant ? C’est ça l’art après tout, parfois le premier essai est un coup de maître et devenir meilleur dans son domaine ne signifie pas qu’on pourra forcément faire mieux que ce qui nous est venu à l’instinct.

Quels sont ces défauts donc ? Ils sont à la fois visuels, et scénaristiques. Dans le dessin d’abord car si Corto Maltese est indéniablement un personnage ultra charismatique et que le style du dessin y contribue, on voit encore beaucoup de raideur dans le trait, particulièrement dès qu’il y a du mouvement.

A la cool, dans son fauteuil en rotin, le jeune marin est bien dessiné, mais quand on le voit se battre par exemple, c’est autre chose : Hugo Pratt n’est clairement pas à l’aise du tout. Peut être même qu’il évite d’avoir à s’y retrouver et que cette retenue se retrouve donc en conséquence dans le personnage lui-même lui donnant cette « coolitude » particulière, là où un dessinateur plus mature aurait pu multiplier les scènes d’action, gâchant l’ambiance au passage. Un défaut qui amène peut être du bon donc ?

L’autre problème que j’ai, avec le texte cette fois, c’est les noms des personnages qui manquent beaucoup d’imagination. Genre Raspoutine. Peut être que dans les années 60, en Italie, on ne connaissait pas trop Raspoutine, mais reprendre le nom comme ça, sans explication, ça fait un peu mesquin, et ce n’est pas le seul. Ça donne une impression générale d’amateurisme, ce qu’il était soit dit en passant, et gâche un peu l’histoire. Moi en tout cas j’y suis sensible, ayant du inventer des dizaines de noms pour des personnages non joueurs lorsque j’assurais le rôle de maître de jeu, et je sais à quel point un nom est important et un mauvais choix peut contribuer à briser la suspension volontaire d’incrédulité.

Ces défauts, finalement mineurs, n’empêchent pas la BD d’être une belle réussite, et cinquante ans plus tard je peux confirmer que ça vaut toujours le coup de la découvrir.

Pour aller plus loin :

De façon étonnante, peut-être, je n’avais encore jamais lu de Corto Maltese, une série pourtant devenue ultra classique dans le domaine de la BD, de la même façon que je n’avais encore jamais lu, jusqu’à il y a peu, de Blake & Mortimer. Il n’y a pas d’âge pour faire des découvertes et se cultiver.

Je me demande quels classiques me manquent encore, il faudra que je me mette à Blacksad, bien plus récent quand même. Et plus sérieusement à Little Nemo aussi sans doute.

Le livre du jour : La marque jaune par Edgar P. Jacobs

Verdict : très bien

La marque jaune est peut être la couverture la plus connue et la plus marquante de l’histoire de la BD. La série Blake & Mortimer est déjà l’une des plus mythiques, avec Tintin, faisant parti des premières vraies BD franco-belges, Edgar P. Jacobs étant l’un des précurseurs de la ligne claire, et héritière de toute la littérature d’aventure et de science-fiction d’avant-guerre. La marque jaune, un épisode plutôt orienté enquête/espionnage, mais avec sa part de science-fiction, se déroule en Angleterre, terre d’origine des deux héros de la série, et on y retrouve, un demi-siècle plus tard, une ambiance un peu à la Sherlock Holmes mais avec déjà des airs de James Bond. Cet album a été pré-publié en magazine entre 1953 et 1954 avant de paraître en 1956.

Avant la mort d’Edgar P. Jacobs en 1987 et la reprise de la série par d’autres scénaristes et dessinateurs, Blake & Mortimer ce sont huit aventures en douze albums … que je n’avais jamais lus du tout jusqu’à aujourd’hui ! Sur les douze j’en ai lu récemment six, et il m’enr este donc la moitié à découvrir, et sur ceux que j’ai lu, j’ai décidé de critiquer en particulier cette troisième aventure (et sixième album) à cause de cette couverture ayant tant été reprise, parodié, rendue hommage à, déclinée en posters, dioramas … Et puis même si ça manque de dinosaures, l’ambiance me plaît beaucoup.

Soit dit en passant, c’est supposé évoquer Londres, mais pour avoir visité à la fois Londres et Bruxelles, de nos jours ça me fait quand même plus penser à Bruxelles, Londres s’étant beaucoup modernisée (en tout cas là où j’ai pu visiter), tandis que les murs de briques façon révolution industrielle, ça reste bien dans l’ambiance de la capitale belge.

Passons. Dans Blake & Mortimer on retrouve deux archétypes typiques de héros d’aventures : le guerrier et le savant. Un mot-valise existe d’ailleurs pour décrire les personnages de ce genre de littérature : les savanturiers. On pensera notamment à une de mes références préférées : Le monde perdu d’Arthur Conan Doyle, dans lequel l’expédition se compose de deux savants, et de deux « guerriers », un chasseur explorateur et un journaliste, certes, mais espoir du rugby.

Nous avons donc ici le capitaine Blake, ancien pilote, espion (enfin contre-espion) appartenant au MI6 et le professeur Mortimer, savant nucléaire (c’était la mode à l’époque), fumeur de pipe, porteur d’un collier de barbe façon prof communiste des années 70 … et la pipe aussi fait pas mal prof communiste des années 70 quand on y pense. Et leur adversaire de toujours Olrik le vilain.

Et là, sur ce point c’est pas terrible. Quelques soient leurs aventures on retrouve quasiment toujours le même adversaire, qui perd encore et encore mais réussi à s’échapper et revenir avec une nouvelle magouille encore et encore, et c’est lourd, lassant, et peu crédible même dans un univers de fiction. Oui, ça aussi c’était la mode à l’époque, mais il y a des modes qui se bonifient en vieillissant et qu’on retrouve plus tard de façon plus positive par nostalgie, et des modes qui restent justes chiantes.

Je l’avais déjà noté en critiquant le rayon « U », Edgar P. Jacobs s’inspire énormément de cette littérature à laquelle il rend hommage. Contrairement au précédent, ceci dit, pour la série Blake & Mortimer, on peut commencer à parler plus d’inspiration et d’hommage que de plagiat. Certaines références restent reconnaissables, et globalement on ne va pas dire que les scénarios sont originaux, il y a beaucoup de Lupin et de Fantômas par exemple dans la Marque jaune, mais je n’ai plus le même sentiment de copié-collé.

Et comme il s’agit de références que j’apprécie, et que le scénario, tout classique qu’il peut être, est plutôt bien exécuté, que trouver à redire donc ? Je n’en demande pas beaucoup plus.

Toujours de la même façon que pour le rayon « U », mais en nettement moins marqué, on est dans un style de BD à l’ancienne, avec de gros morceaux de texte qui accompagnent bon nombre de vignettes. C’est lourd à lire, et parfois (souvent) redondant. D’un autre côté ça permet de passer plus de temps sur chaque action et d’en dessiner uniquement les moments forts, ce qui donne une bonne densité à la BD. Dans le même temps que je mets à lire un Blake & Mortimer, je pourrais facilement lire trois ou quatre BD modernes. Le nombre de pages est conséquent, ça joue aussi, forcément. Dans l’ensemble je préfère quand même la méthode moderne, plus agréable à l’œil, mais qui nécessitera plus de tomes pour raconter la même histoire, donc chaque style a ses avantages.

Et graphiquement, je ne déteste pas et dans le contexte il est certain que ce style était un progrès et même beau. Il n’y a qu’à voir les Tintin non édités, ceux parus en magazine et comparer avec les albums pour voir ce que la ligne claire a pu apporter. J’ai d’ailleurs l’impression qu’Edgar P. Jacobs a eu une énorme influence sur Hergé, certains personnages sont quasiment identiques entre les deux séries.

Aujourd’hui, là aussi je vais dire qu’on fait mieux ou en tout cas plus à mon goût et que si les visuels ne me dérangent pas du tout, je ne peux pas dire que je trouve ça aussi bon qu’un Gipsy ou un Okko.

Pour aller plus loin :

Il me reste à lire les six albums qui me manquent de la série originale et en particulier l’Affaire du collier, hommage à l’affaire (historique) du collier de la reine à laquelle Alexandre Dumas et Maurice Leblanc avaient déjà rendu hommage dans leurs écrits, et qu’on retrouve donc également dans l’adaptation moderne Lupin.

Mais également la reprise par d’autres auteurs de la série, avec seize albums de plus, toujours en cours.

Il y a aussi une série animée apparemment.

Créez votre site Web avec WordPress.com
Commencer