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Le livre du jour : Les nombreuses vies de Frankenstein par André-François Ruaud

Verdict : bien

Il s’agit d’un essai de plus de la bibliothèque rouge, des éditions Moutons électriques, paru en 2008 et consacré à la créature de Frankenstein, contrairement à ce que le titre peut suggérer. La confusion est d’ailleurs immédiatement clarifiée dans les premières pages de ce livre.

Comme j’aime généralement les livres de cette collection, à l’exception notable de celui consacré à Harry Potter, mais celà tient plus du personnage que du texte, je continue, petit à petit, à en lire les différents ouvrages, ce qui est facilité par leur présence, pour certains d’entre eux en tout cas, à la bibliothèque. Frankenstein étant à la base un roman que j’ai beaucoup apprécié, même si je ne suis pas toujours fan de la façon dont le personnage de la créature est utilisé par ailleurs, je pensais bien ne pas avoir de problème à la lecture de cet essai, même si je me demandais comment l’auteur pourrait en dire autant que pour Sherlock Holmes ou Arsène Lupin.

La réponse est simple : il n’en dit pas autant. Ce livre est nettement plus fin que d’autres de la collection et « l’univers étendu » de Frankenstein, puisque c’est le genre de concept qui s’applique généralement dans la collection, est bien moins étendu que d’autres. Quelques ouvrages seulement semblent être considérés canons pour cette analyse, et ce n’est pas plus mal. L’un d’entre eux étant La Vénus anatomique (très logique quand on y pense, ce roman faisant largement référence à Frankenstein, et Xavier Mauméjean, l’auteur, étant un collaborateur de la collection).

En dehors de ces quelques extensions au texte initial, je n’ai rien appris de neuf sur la créature, malheureusement, sans doute car il y a peu à apprendre, le vrai canon (si je puis exprimmer un tel concept, le canon canon ?) se limitant à un seul roman.

Fort heureusement l’ouvrage est aussi une belle biographie de Mary Shelley, l’autrice, de Percy Bysshe Shelley, son époux, de lord Byron et de quelques autres, et à ce niveau je l’ai trouvé intéressant.

Mieux encore, le livre aborde la Suisse en tant que contrée exotique en nous remettant dans le contexte de l’époque d’écriture. Epoque qui était celle du tout début du tourisme, et donc, ça n’étonnera personne, le genre de tourisme qui m’attire.

En un sens, Frankenstein est donc, en plus du reste, au début du XIXe, ce que Meurtre sur le Nil ou le Crime de l’Orient Express sont au début du XXe : un roman d’évasion. Il parait difficile de le lire aujourd’hui comme ça, et pourtant c’est une idée qui me plait beaucoup.

Il reste d’ailleurs un peu de cet aspect dans la Suisse puisque c’est aussi dans ce pays que Sherlock Holmes vient y affronter Moriarty, et même James Bond y passe de temps à autres.

Pour aller plus loin :

La bibliothèque rouge, collection aujourd’hui arrêtée, compte trente et un ouvrages, si certains ne m’attirent pas, genre celui consacré à Jack l’éventreur, il m’en reste une paire à lire quand même.

Elle a de plus son héritière dans La bibliothèque des miroirs, avec d’autres textes encore.

La série du jour : Kaamelott, saison 6 par Alexandre Astier

Verdict : coup de cœur

La série Kaamelott, création d’Alexandre Astier basée sur une revisite humoristique de la légende du roi Arthur, compte six saisons et a été diffusée entre 2005 et 2009. Son format et son ton ont bien évolué, passant de courts épisodes uniquement humoristiques et sans continuité précise pour les premières saisons, à une histoire complète divisée en neuf longs épisodes pour la sixième. Avec en plus pour cette dernière saison la particularité d’être essentiellement une préquelle puisque huit des neuf épisodes prennent place avant tout le reste.

Ce n’est pas dans mes habitudes, surtout pour une série, mais j’avais vraiment accroché à Kaamelott, même après les changements de ton et de format, déjà légèrement présents dans la saison quatre et plus fortement dans la cinq, et je n’avais pas été déçu jusque là (et il faudra encore attendre un peu pour ça). C’est avec une certaine impatience que j’avais donc guetté la sortie de cette ultime saison, et j’avais du la voir tout de suite, ou en tout cas presque tout de suite. Il y avait peut être encore des questions de montages différents, je ne me souviens plus des détails, mais je voulais voir les épisodes montés selon le choix du réalisateur. Je n’ai donc pas forcément regardé dès le premier soir.

Et je me suis donc re-regardé cette saison qui, avec le temps, est devenue l’une de mes préférées, avec la cinquième, parce que l’humour c’est bien, mais quand ça ne surprend plus c’est moins drôle, alors que les deux dernières saisons offrent une histoire que j’apprécie toujours.

Enfin dans le cas de la sixième, c’est surtout la partie politique, et l’intrigue que j’apprécie de suivre, plus que tout ce qui touche Arthur directement. Ce n’est pas qu’on ait une intrigue particulièrement tordue, mais elle est raisonnablement complexe et réaliste (dans la mesure où des « dieux » et la magie interviennent) et j’aime voir une histoire médiévale (bon techniquement non pour la plupart des épisodes, on est juste avant le moyen âge) fantastique où tout ne se résout pas une épée à la main. Enfin si, mais pas comme ça !

Alexandre Astier n’est pas le premier à essayer de proposer un roi Arthur semi-réaliste et à intégrer la véracité historique à la légende, mais sa version le fait bien, malgré l’aspect initialement comique et même parodique de la série.

On en plus de bons acteurs, la série a bénéficié d’excellents décors pour la partie située à Rome, et même si le rajeunissement de tous les personnages de la série ne passe pas toujours parfaitement, un bel effort a été fait pour essayer de maintenir l’illusion.

Ça reste une série comique à la base, ce qui parfois permet d’oser sur des points qui vont apporter du réalisme à l’histoire. Voir les sénateurs et autres hauts fonctionnaires romains qui se donnent du « Dans ton cul ! » est drôle, mais contribue aussi, je pense, à ancrer la série dans un certain réalisme. Les sénateurs ne faisaient peut être pas exactement cette blague là, mais il y avait forcément plus ou moins de respect des conventions, de la politesse dans leurs rapports et certains faisaient forcément ce genre de blagues.

Même si le texte lui-même est moderne, c’est l’esprit qui compte, sinon il faudrait filmer en latin, et dans l’esprit je crois plus à cette version qu’à d’autres purement solennelles, comme si tous les chefs d’états et autres gens importants avaient forcément un balai vissé dans le cul.

Alexandre Astier en fait peut être trop dans ce sens là, mais c’est logique dans une comédie.

D’autres fois, l’aspect comédie vient entrer en conflit avec l’histoire, et vouloir faire coexister les deux ne fonctionne pas. En voulant fournir une explication à l’attitude d’Arthur par rapport à Guenièvre, Alexandre Astier rend le problème encore pire. La seule justification est que c’est drôle, et a été écrit initialement dans le contexte de personnages parodiques. Si l’on veut du réalisme c’est injustifiable, et il ne devrait pas tenter de le justifier.

Sa solution, comme pour d’autres problèmes du même genre, ne fonctionne tout simplement pas, et gâche un peu le récit par sa seule présence. J’ai beaucoup aimé cette saison, mais il faut bien admettre qu’elle n’est pas parfaite, et que l’œuvre entière ne peut pas l’être en ayant jamais été conçue dans on entièreté dès le départ et avec cette grosse bascule de comédie parodique à tragi-comédie d’époque.

Il serait intéressant de voir ce que ça aurait donné si toutes les saisons avaient bénéficié du même budget que cette sixième, avec une vision d’ensemble dès le départ, et une garantie de ce budget. Mais c’était impossible bien sûr.

Avant le tournage du film, je considérais que mine de rien, la fin de la série était parfaite, dans le sens où on nous promettait un retour d’Arthur comme héros, alors que tout ce qu’il avait construit s’était effondré, ce qui correspond exactement à la légende. J’avais envie quand même d’avoir une suite bien sûr, mais je la jugeais inutile. Et finalement cette sixième saison aurait peut être réellement du être notre dernière visite dans l’univers de Kaamelott.

Les livres du jour : Le renard de Morlange, Les princes d’Ambre, Les enquêtes d’Enola Holmes et Dorian Gray

Nouvelle série de critique de BD, quatre tomes aujourd’hui, deux « séries », pour lesquelles je n’ai lu qu’un seule tome, et deux histoires indépendantes, qui sont dans tous les cas des adaptations de romans ou récits.

Les princes d’Ambre par Nicolas Jarry et Benoît Dellac

Adaptation du premier tome de la série de romans des princes d’Ambre de Roger Zelazny.

Deux tomes seulement pour cette série de BD, datant du début des années 2010 et interrompue donc bien avant la fin, faute de succès j’imagine. Je n’ai lu pour le moment que le premier tome, je ne suis pas sûr que le second nous amène à la fin du premier roman, mais même ainsi on est loin de la fin de l’histoire. La série de romans de Zelazny compte deux cycles de cinq romans après tout, et même si on veut s’arrêter en cours de route, la première partie du premier cycle s’arrête après le deuxième roman.

En se lançant dans cette BD on sait donc qu’on commence une histoire qui ne sera jamais terminée.

Et c’est le plus gros reproche qu’on peut lui faire parce que la série de roman est excellente, que l’adaptation en scénario de BD est correcte, accélérant un peu l’histoire mais en la respectant, et que les dessins sont corrects eux aussi.

Peut être est-ce parce que je connais déjà les romans, et que je ne vois pas les failles existantes, mais je ne comprends pas ce qui a pu mal se passer avec ces deux BD.

Alors non, je n’ai pas acheté les albums à l’époque, même si je les ai effectivement vus en boutique, malgré mon appréciation pour les romans, et peut être est-ce juste que les BD sont donc correctes, mais pas excitantes. L’adaptation c’est sûr, me séduit moins que celle des nouvelles de Conan. Mais ça reste bien.

Verdict : bien

Les enquêtes d’Enola Holmes par Serena Blasco (tome 2 l’affaire Lady Alistair)

Adaptation des enquêtes d’Enola Holmes de Nancy Springer.

Sept tomes à ce jour pour cette série en cours, le premier étant paru en 2015, et chaque tome adapte un roman de la série, elle même en cours. Un huitième roman existe mais n’a pas encore été traduit en français. Il m’est plus difficile de juger de cette adaptation car je n’ai lu aucun des romans, seulement vu le premier film Netflix, dont je me rends compte que je ne l’ai pas encore critiqué, et ce n’est même pas ce tome là que j’ai lu en BD, mais le second. Les deux histoires se suivaient et présentaient une certaine cohérence dans ce qui s’est passé, je peux donc supposer que les deux adaptations sont fidèles aux romans.

Ou si elles divergent, qu’elles le font de la même façon, ce qui est quand même moins probable.

Enola Holmes est donc la jeune sœur de Sherlock Holmes, se lançant, comme lui, dans des enquêtes, tout en essayant de garder son indépendance, contrairement à lui qui ne se retrouve pas confronté au problème d’une société patriarcale.

Et même si je trouve un peu lassant le stéréotype de la jeune héroïne forte et indépendante devant se confronter au sexisme pour exister, il faut admettre que c’est réaliste vu le lieu et l’époque. Et que contrairement à beaucoup d’héroïnes, et à ce qu’on peut voir dans le premier film, ici Enola Holmes fait réellement preuve de caractère et ne se laisse pas marcher sur les pieds, donc la revendication d’un héroïne forte (de caractère) est valable.

Il est dommage que comme beaucoup de pastiches de Sherlock Holmes, (et malheureusement, à un moindre degré comme certaines vraies enquêtes du détective) l’intrigue repose sur du fantastique. Du fantastique léger, et d’époque, mais du fantastique quand même. Ce qui n’était pas le cas de la première histoire, on va donc laisser sa chance à la série.

Graphiquement c’est un style doux, actuel, façon crayons de couleur, et ça a du charme, mais dans le même genre j’ai vu plus beau. C’est correct mais moi qui aime visiter, en imagination, le Londres victorien, je ne me suis pas senti transporté. C’est dommage, mais on ne peut pas parler de véritable raté, loin de là, il manque juste le petit truc en plus.

Verdict : bien

Le renard de Morlange par Maxe L’Hermenier et Mathieu Moreau

Adaptation du roman d’Alain Surget, lui même adaptation d’une légende lorraine.

Parue en 2020, cette BD est l’adaptation d’une histoire que je connais depuis (presque) toujours puisque Morlange est à moins de trente kilomètres de chez moi. Malheureusement on ne peut pas dire que je reconnaisse les paysages, pas par la faute de l’artiste, mais parce qu’il s’agit d’une histoire située au moyen âge, et qu’en admettant même que la vision du dessinateur soit totalement juste, les choses ont malheureusement bien changé depuis. Du château du supposé comte de Morlange, il ne reste que quelques pierres, en admettant même qu’il y eut un jour un château, ce n’est qu’une légende après tout.

Et une légende qu’il m’est difficile de juger. J’avais déjà fait la remarque à propos des albums de Tintin : comment juger de la qualité de ce à partir de quoi nous avons construit notre imaginaire. Ce n’est ni bon ni mauvais, c’est. Tout simplement.

Alors j’aime bien cette légende en particulier. Parce qu’elle se situe au moyen-âge, parce qu’il y a des chevaliers, des châteaux, de la magie. Parce qu’il y a un renard et que les renards sont des animaux qui évoquent … justement ce genre de légendes.

Et même si je ne suis pas particulièrement enthousiasmé par les graphismes, même si je doute que le dessinateur soit venu se planter dans un champs lorrain pour baser ses paysages sur une part de réalité, j’aime beaucoup cette adaptation aussi. Mais c’est très personnel.

Verdict : très bien

Dorian Gray par Enrique Corominas

Adaptation de 2011 du Portrait de Dorian Gray, d’Oscar Wilde.

Le portrait de Dorian Gray est un roman qui n’est plus à présenter, je pense, et que j’aime beaucoup. On y retrouve moins d’humour que dans les autres œuvres d’Oscar Wilde que je connais, encore que ça dépend si on compte un humour très sombre, mais son aspect fantastique et son ambiance ont certainement marqué les esprits. C’est une œuvre difficile à adapter, car il faut savoir rendre également l’horreur et la beauté, la seconde étant, après tout, essentiellement une question de goût. C’est une chose d’affirmer la beauté extra ordinaire d’une femme ou d’un homme, c’en est une autre de la peindre.

Enrique Corominas y parvient toutefois, en se reposant sur le texte d’abord, et sur les affirmations des personnages. En se reposant sur les conventions ensuite, avec un Dorian Gray qui est loin de ce que je qualifierai personnellement de beau, pour un homme, mais dont je peux croire que d’autres hommes le pensent de lui. Et en utilisant un style visuel flamboyant qui colle parfaitement au texte et à son auteur. Il donne d’ailleurs à son personnage les traits de son créateur car qui n’a jamais songé qu’en écrivant le portrait de Dorian Gray, c’était à lui même qu’Oscar Wilde pensait ?

L’histoire, excellente à la base, est ici bien adaptée, fidèle, et les dessins sont magnifiques. Il n’y a rien à redire et contrairement à Enola Holmes, j’ai pu ici me laisser emporter par les visuels. Certes, ils ne m’ont pas fait voyager vers les aspects les plus plaisants de Londres à cette époque. C’est un peu le thème du roman, et ce n’est pas supposé donner envie, bien au contraire. Mais l’évocation est bel et bien réussie.

Verdict : très bien

Le livre du jour : Effluvium par Didier Graffet et Xavier Mauméjean

Verdict : bien

Effluvium est un beau livre, en grand format, forcément, paru en 2019 et regroupant des illustrations de Didier Graffet, accompagnées de descriptions proposées par Xavier Mauméjean. Il nous présente une réalité alternative, un monde steampunk où la technologie de la vapeur a façonné la civilisation, mais il s’agit surtout d’un prétexte pour regarder de magnifiques illustrations.

Ce sont ces illustrations qui m’ont attiré et m’ont fait acheter le livre les yeux fermés, ou plutôt sans en avoir vu l’intérieur, car les quelques extraits disponibles sur internet m’avaient déjà convaincu de la beauté de la chose. Et parce que je ne suis guère original à ce sujet, mais j’aime le steampunk.

Et heureusement que je n’en attendais rien d’autre car si les illustrations sont effectivement magnifiques, chacune nous invitant à rêver d’un monde à vapeur, et plus rarement à d’autres choses, le reste est un peu décevant.

Ce n’est pas que les descriptions de Xavier Mauméjean soient mauvaises, mais elles sont courtes, et surtout l’ensemble ne présente pas vraiment un monde cohérent malgré le desiderata du dessinateur.

Certaines évolutions proposées sont logiques, mais la plupart de ces illustrations correspondent à un monde tout simplement impossible, même dans une réalité alternative, et c’est la magie qui doit exister et non la vapeur, pour les rendre possibles.

Et dans ces conditions l’existence en parallèle d’autres technologies bien plus ordinaires est difficile à avaler. D’autres choix posent question : pourquoi autant de constructions verticales par exemple ? Parce que c’est beau bien sûr, et je suis bien content de pouvoir contempler ces constructions verticales mais elles n’ont pas forcément de sens, et aucune justification n’est fournie.

A la rigueur, je préfère faire fonctionner ma propre imagination est trouver les explications qui me conviennent, en ne prenant pas forcément l’intégralité de ces illustrations comme étant tirées du même monde, ce qui m’évite les incohérences.

Les textes de Xavier Mauméjean sont de toute façon secondaire, l’important ce sont les images, et elles valent le coup d’œil, répété.

Le film et le jeu du jour : Street Fighter, le film et Street Fighter, le film, le jeu

Verdict : mauvais

En prévision de la sortie de Street Fighter VI, je suis revenu au cours des dernières semaines sur une bonne partie de la saga Street Fighter, avec pas moins de sept jeux différents (plus si on compte les différentes versions), et une FAQ bien longue qui en résume l’univers. Et encore tout cela n’est rien car il existait de nombreux produits dérivés ayant eu à leur tour une influence sur la série de jeu. Et en particulier nous aborderons aujourd’hui le cas du film tiré du jeu, sorti en 1994, et du jeu tiré du film du jeu, sorti en 1995. L’un comme l’autre étant particulièrement mauvais, même si le film a laissé un souvenir plutôt agréable comme étant un « bon » navet.

J’avais vu le film a l’époque, peut être même au cinéma, et j’ai eu l’occasion de le revoir depuis. Une seule fois sans doute, bon nanar ou pas, ce n’est pas le genre de film que je prends plaisir à regarder, même avec humour et nostalgie. Je n’avais pas joué au jeu tiré du film parce qu’il est sorti à une époque où je jouais moins à la console, et que de toute façon il paraissait très inspiré par Mortal Kombat, concurrent américain de Street Fighter que je n’ai jamais aimé. Mais je me suis assez intéressé au jeu pour savoir qu’il est bien nul, et je m’y suis encore plus intéressé quand j’ai pu lire les confessions d’un des développeurs de ce jeu, sur un forum en 2007, dans un texte nommé « Street Fighter The Movie broke my heart ».

Et ces confessions, qui ne sont plus disponibles en ligne malheureusement, mais j’ai un pdf si ça intéresse quelqu’un, sont très intéressantes et donnent vraiment un éclairage unique sur un jeu créé avec passion et qui a pourtant échoué à tout point de vue malgré l’enthousiasme de ses créateurs. En parti à cause du film dont il était inspiré, donc revenons en à ce film !

C’est sans doute pire aujourd’hui, mais déjà dans les années 90, Hollywood n’hésitait pas à s’emparer de tout ce qui était un peu à la mode pour en faire un ou des films et faire de l’argent tout en ruinant généralement le sujet. Ce fut le cas de Mario, ce fut le cas de Donjons et Dragons, et ce fut donc le cas de Street Fighter.

Parce que c’est Hollywood, ils décidèrent de faire de Guile, le marine américain joué par Jean-Claude Van Damme, le héros de l’histoire, alors qu’à peu près tous les fans croyaient savoir que le vrai héros était Ryu. En fait ils n’avaient pas tout à fait tort pour le coup, et c’est à peu près la seule bonne décision qui fut prise pour ce film.

Comme il s’agissait d’un soldat, le film est devenu plus un film de guerre que d’arts martiaux, et le tournoi a complètement disparu du scénario, ce qui a singulièrement compliqué les choses pour justifier la présence de tous les autres personnages. Pour une bonne partie d’entre eux ils ont donc été réécrits pour devenir soit des soldats aux ordres de Guile, soit des soldats aux ordres de Bison.

Comme il fallait des têtes d’affiches, Bison a été joué par Raul Julia, qui livre une interprétation magnifique dans le genre grandiloquent, et nous a laissé les meilleurs mèmes tirés du film, mais ne correspond pas au personnage du jeu, surtout lorsqu’il s’agit de combattre. C’est loin d’être le seul personnage qui est trahi : Blanka est le résultat d’une expérience scientifique, Dhalsim est lui même un scientifique, Sagat est un nain, Zangief du côté des méchants … c’est un manque total de respect pour le matériel d’origine, qui n’a rien de surprenant mais est toujours décevant.

Le scénario est nul, les personnages aussi, les seules scènes marquantes le sont par un humour involontaire … il ne reste pas grand chose au film. Même les combats sont loin d’être les meilleurs.

Il y a de nombreuses bonnes raisons à cet échec, cette nullité même : les délais, le choix du réalisateur, les exigences et l’amateurisme de Capcom, la tradition hollywoodienne ne surtout pas respecter les œuvres adaptées … Ça explique, mais ne justifie rien.

En parallèle avec la production de ce film, Capcom avait demandé à une équipe américaine de développer Street Fighter, le jeu inspiré du film (il y a eu deux jeux en fait, tous deux basés sur les mêmes idées, mais réalisés par des studios différents, l’un était le jeu d’arcade, c’est celui dont je parle aujourd’hui, l’autre un jeu de console qui a à peu de choses près les mêmes problèmes mais que je connais moins). Il y avait de leur part, surtout à l’époque mais ça existe encore aujourd’hui, une certaine mystique vis à vis des USA chez Capcom, ils voulaient percer sur le marché occidental, mais sans savoir comment. Toute suggestion qui venait de Capcom USA, même si elle était faite par quelqu’un qui n’y connaissait rien, était prise comme parole d’évangile. C’est ainsi que le personnage de Dee-Jay est né par exemple, dessiné sur un coin de table en cinq minutes là où tous les autres personnages avaient demandé des mois d’efforts de la part de l’équipe japonaise.

Et c’est paradoxal considérant que Street Fighter II avait parfaitement réussi à s’imposer mondialement alors qu’il avait été créé uniquement par des Japonais, avec certes le marché américain en tête, le gars Guile était clairement destiné à faire vendre aux USA, mais sans recourir aux services de consultants occidentaux.

Pour le coup, Capcom craignait le succès de Mortal Kombat, un jeu qui marchait aux États-Unis, nettement moins dans le reste du monde, et ils ont donc voulu faire un Street Fighter qui ressemble à Mortal Kombat. A la base c’était donc tout de suite une idée de merde. A part l’aspect gore qui, je dois l’admettre, était bien marrant à l’époque quand on était ados, Mortal Kombat était clairement inférieur à Street Fighter à tout point de vue, et notamment visuellement.

Là encore Capcom a décidé de confier ce projet à une équipe d’amateurs sous prétexte qu’ils étaient américains et devaient donc savoir comment plaire au marché américain. Et comme ils utilisaient la technique du « motion capture » pour faire comme Mortal Kombat, et que le jeu était basé sur le film, ils ont donc du composer avec les acteurs du film, qui n’étaient pas forcément très dispo pour le jeu sachant que le film était déjà un beau merdier.

Le résultat est bien sûr un échec quasi complet malgré une énorme bonne volonté de l’équipe chargée du jeu. Il y avait pourtant de très bonnes idées, et le désir de faire plaisir aux fans (contrairement au film).

Mais tant visuellement que techniquement, et qu’au niveau du « gameplay » ce Street Fighter, le film est le pire jeu de la série, à l’exception peut être du tout premier, fait huit ans plus tôt et à une époque totalement différente en ce qui concerne les jeux vidéos. Le jeu est bien inspiré par Mortal Kombat, mais en reprend surtout les pires éléments. Ça fait mal au cœur de constater que ce n’est pas le résultat d’une simple tentative cynique de faire de l’argent, mais qu’il y a vraiment des gens qui y ont mis tout leur cœur, toute leur passion. Comme quoi, ça ne suffit pas toujours.

Pour aller plus loin :

Ma critique de Street Fighter et Street Fighter 89.

Celle de Street Fighter II.

Celle de Street Fighter alpha.

Celle de Street Fighter III.

Celle de Capcom vs SNK 2.

Celle de Street Fighter Ex.

Celle de la FAQ de l’histoire de Street Fighter alpha 3, c’est très spécifique mais c’est important.

Et même, dans le désordre donc, celle de Street Fighter V.

Le livre du jour : Le testament de Sherlock Holmes par Bob Garcia

Verdict : assez bien

Sorti en 2005, ce roman est un pastiche de Sherlock Holmes, comme son nom l’indique très bien, écrit par un français, comme son nom ne l’indique pas forcément. Situé à une date inconnue mais vers la fin de vie de Holmes et Watson, on y assiste à la lecture du testament du détective, sous forme d’une nouvelle histoire écrite par Watson mais que Holmes avait empruntée pour lui ajouter une conclusion car l’enquête était restée initialement sans solution. La plus grande partie de ce récit se présente donc sous la forme ordinaire d’une enquête de Sherlock Holmes, décrite par le docteur Watson et se déroulant également à une date inconnue, mais des années plus tôt, et des indices nous sont laissés pour trouver cette date, nous y reviendrons.

Toujours dans ma recherche d’une bonne imitation des romans et nouvelles d’Arthur Conan Doyle, surtout les nouvelles, j’emprunte à la bibliothèque tout ce qui porte le nom du détective sans me poser de questions. Le résultat est parfois bon, parfois pas du tout, mais je continue d’essayer. C’est donc purement sur son nom et sans rien savoir d’autre du roman que je l’ai emprunté et ai commencé à le lire. Au point que je ne savais même pas qu’il s’agissait d’un auteur français.

Et la conclusion est que c’était encore une fois plutôt moyen. Même si …

Il s’agit d’un mélange entre une historie de Sherlock Holmes et un « thriller » bien plus moderne, ce qui n’est pas du tout ce que je recherche, mais je dois admettre que ça peut être efficace. Il m’a fallu du temps pour accrocher à ce roman, le temps d’admettre que ce n’était pas tant un hommage au Sherlock Holmes d’Arthur Conan Doyle, qu’aux pauvres imitations qui ont pu fleurir à l’époque.

En conséquence, en tant qu’hommage au vrai personnage, c’est quand même raté, mais en tant qu’hommage à une littérature plus gore et populaire, dans le mauvais sens du terme, ça marche mieux. Même si je ne vois pas l’intérêt. Enfin, les goûts et les couleurs ne se discutent pas parait-il, et si l’auteur apprécie ces histoires, tant mieux pour lui.

Ceci dit, je n’ai pas été accroché longtemps par l’aspect « thriller » et ça je ne pense pas que ce soit une histoire de goût, mais lié au fait que ce roman est bien trop long et répétitif.

Parce que non seulement nous découvrons des scènes de meurtres horribles, parfaitement excessives où les tortures les plus sadiques imaginables nous sont décrites, non seulement Sherlock Holmes n’est que l’ombre de lui même et rate les éléments les plus élémentaires, mais en plus ça se reproduit une bonne douzaine de fois (quinze fois même je crois !), là où quatre ou cinq fois auraient largement suffit pour l’intrigue.

C’est d’autant plus long que j’avais la clef de l’énigme dès ma toute première hypothèse, sur la toute première scène de crime. Qu’Holmes ne l’envisage que longtemps après (des années dans le récit), ne colle pas du tout au personnage. L’excuse c’est que la drogue a amoindri ses capacités. Mouais

D’autant que le récit n’est pas clair du tout sur sa chronologie. D’un côté on a bien l’ambiance des textes se déroulant dans les années 1890, et Watson fait référence au fait qu’il est en train d’éditer les nouvelles qu’il a écrite pour leur sortie en un premier recueil, paru en 1893. De l’autre les personnages font référence à des histoires et évènements bien plus tardifs, quinze ou vingt ans parfois, et cette affaire est censée être la dernière que Watson et Holmes ont fait ensemble, avant la retraite du détective (plutôt vers 1910 donc), époque à laquelle il avait complètement abandonné la drogue.

Ca ne colle donc pas. Ce n’est pas la seule chose qui ne colle pas d’ailleurs. Les mises à mort outrancières tombent parfois dans le ridicule et l’irréalisme, on retrouve la fameuse torture des rats qui « creuseraient un tunnel à travers les boyaux d’un homme », ce genre de gore qui n’est impressionant que pour un adolescent et devient risible pour un adulte. On a un assassin qui semble partout à la fois, mais semble surtout bénéficier d’énormément de chance car il ne manque pas grand chsoe à chaque fois pour faire s’écrouler toutes ses combines et il repose énormément sur l’incompétence d’Holmes qu’il admire pourtant par ailleurs.

Alors, j’ai du mal à dire que c’est mauvais car l’écriture peut être bonne, et pendant quelques chapitres j’étais vraiment dans le récit, je voulais connaitre la fin. Il y avait du potentiel, surtout pour en faire quelques nouvelles séparées, en retirant les éléments les plus gores, enfaisant trouver les solutions directement à Holmes, ça pouvait être bon. On pouvait même envisager un fil rouge qui aurait lié ces enquêtes avec une intrigue plus globale, comme c’est fait là mais en se reposant sur autre chose que la chance pour préserver le principal coupable. Malheureusement, Bob Garcia a fait le choix de la facilité, c’est bien dommage.

Pour aller plus loin :

Bob Garcia semble être plutôt spécialiste de Tintin, une activité dangereuse tant les ayant droits sont des requins, et je serais intéressé de lire son essai Jules Verne et Hergé, d’un mythe à l’autre. En espérant qu’il traite Jules Verne et Tintin avec plus de respect que Sherlock Holmes.

Les films du jour : La belle et le clochard par Disney

Verdict : très bien, et bien

Sorti en 1955, ce film est le quinzième classique d’animation Disney, avec la particularité d’être un des premiers basés sur des histoires contemporaines, ici Happy Dan, the whistling dog, paru en 1937. Le film a récemment été refait en version prise de vue réelle, en 2019, une version très proche mais avec de nets changements.

C’est cette version que je voulais voir en particulier et à laquelle nous allons nous intéresser aujourd’hui, même si je ne suis généralement pas fan du tout des « remake » Disney, d’abord parce qu’elle a été largement tournée à Savannah, voir ci dessous, aussi parce que j’avais entendu dire que le film avait été déplacé plus tôt dans le temps, au début du XXe siècle, et parce que ça faisait longtemps que je n’avais pas revu l’original, et souhaitait me rafraîchir un peu la mémoire avec ce film. Bien qu’il n’ai jamais fait parti de mes préférés, je trouve qu’il conserve un certain charme ainsi qu’une forte personnalité de part le fait qu’il est situé dans l’Amérique que Walt Disney a connu et qu’il porte donc tout ce qui a « fait » Disney.

Tout comme Savannah d’ailleurs, ce qui justifie le choix de prendre cette ville comme décor. Mais profitons-en pour parler un peu de Savannah.

Ville fondée en 1733, à proximité de la côte, Savannah a été pendant un moment la capitale de la Georgie, treizième des treize états fondateurs des États Unis, et celui situé le plus au sud. De taille aujourd’hui moyenne (140000 habitants environ), la ville est touristique et bien connue dans le milieu de l’urbanisme car elle a été crée suivant un plan d’urbanisme qui se voulait rationnel et le quadrillage de son centre ville historique est dessiné autour de nombreux squares qui lui donnent un cachet indéniable.

C’est une des rares villes américaines a ne pas avoir pensée ou repensée pour la voiture, en tout cas son centre ville, ce qui en fait donc une des plus belles. Mais c’est aussi une ville très américaine, avec beaucoup de demeures individuelles, souvent anciennes. C’est l’Amérique profonde, celle des petites et moyennes villes, et qui peut passer pour celle des banlieues résidentielles, mais sans les côtés négatifs des banlieues créées avec l’automobile en tête à partir des années 50. C’est l’Amérique idéale de Walt Disney.

Et pour ce que j’en ai vu dans différents reportages, c’est effectivement une belle ville, son centre ville du moins.

Et maintenant que nous avons parlé de la ville, nous avons parlé du seul réel apport de cette version en prise de vue réelle. Encore que … la réalité n’aura jamais le charme de l’animation, et encore moins de l’animation dessinée à la main. Mais Savannah apporte un réalisme au film qui aide à s’y projeter.

Pour le reste, la Belle et le clochard était une belle histoire d’amour mêlée à un récit initiatique efficace, qui savait jouer sur l’émerveillement, en nous présentant une Amérique magnifiée, presque idéale. Supposé contemporain de sa réalisation, dans les années 50, les images nous renvoyaient plutôt vers une époque plus ancienne au moins vingt ans plus tôt, peut être parce que Walt Disney, le réalisateur et les dessinateurs s’étaient inspirés de leur propre enfance.

Centré sur l’amour, la famille, le film prenait le temps de se poser, et de laisser le spectateur s’imaginer vivre dans le monde proposé, comme les Disney savaient bien le faire, et comme le studio Ghibli sait le faire aujourd’hui.

Cette version de 2019 suit à peu de choses prêt le même scénario, mais à un rythme bien différent : le film est plus long, pourtant son début est raccourci, et sa fin bien rallongée, avec surtout une scène d’action finale qui dure bien plus longtemps. C’est peut être plus adapté à un public plus moderne, ou en tout cas c’est ce qu’ils doivent penser chez Disney, mais je ne crois pas que ce soit une bonne chose.

Il y a deux ou trois autres gros changements et des tas de petits, parfois pour le meilleur, parfois pour le pire, parfois pour de bonnes raisons, parfois pour de mauvaises, et globalement, je trouve qu’on en sort pas gagnants.

Côté pire, on a encore une fois chez Disney la réécriture de l’histoire, et on veut nous prétendre qu’en plein milieu des années Jim Crow, dans le sud, les couples mixtes ne posent aucun problème, qu’on trouve de nombreux noirs dans la bonne société, bref qu’il n’y a absolument aucun racisme. Ça part d’un bon sentiment sans doute, mais ce révisionnisme historique est dangereux.

On a la disparition concrète de la scène avec le castor, dans le zoo, peut être également pour des raisons politiques, plus probablement pour des raisons techniques. La scène qui la remplace est ratée et on y croit pas.

Certains choix, comme le fait de vouloir accélérer le rythme en début de film, amènent aussi des situations incohérentes. La petite Lady se retrouve ainsi à suivre ses humains dans leur chambre, le premier soir, pour le trouver tous les deux profondément endormis dans le lit alors qu’elle était juste derrière eux. C’est mineur mais ça manque de logique.

De la même façon, la volonté de remplacer la scène du poulailler par quelque chose de mieux intégré, qui lie de façon plus naturelle le début et la fin du film, abouti à un conflit entre Lady et le clochard qui n’a aucun sens car le pauvre chien n’a rien du tout à se reprocher, contrairement à l’original.

Côté meilleur on a des personnages plus sympathiques, surtout chez les humains (je vais être cynique et dire que c’est parce qu’il s’agit d’un couple mixte, donc il faut les rendre sympas), et la recherche d’un peu plus de naturel et de subtilité dans les rapports entre les personnages. Le fait que ce soit la femme qui porte la culotte dans le couple pourrait être agaçant, car c’est devenu aussi systématique que le patriarcat des années 50, mais je trouve qu’ici ça fonctionne mieux dans ce sens et j’apprécie bien la dynamique du couple.

Et surtout on a une cohérence visuelle bien meilleure, il me semble, quand à l’époque historique. J’ai vu quelque part que le film est supposé se situer en 1909, vu la présence importante de Ford T d’un modèle que j’identifie comme datant de 1915, je pense qu’on est plutôt aux environs de 1919. Une version idéalisée de 1919, surtout vis à vis du racisme, mais ça donne bien envie !

En bref, dans l’ensemble c’est décevant car c’est moins bien. Pas beaucoup moins bien, mais je préfère sans hésitation la version de 1955. A quoi bon refaire une version si elle ne propose que des changements minimes et que le résultat est clairement inférieur ?

Pour aller plus loin :

Je me sens obligé de mentionner les autres films refaits en prises de vues réelles que Disney a commis ces dernières années. Je n’en ai vu qu’un autre, le Livre de la jungle, avec plus de différences, original mais clairement très inférieur, et je n’ai entendu que du mal sur tous les autres. Pourquoi les gens vont-ils voir ça ?

Le livre du jour : Trois aventures inconnues d’Harry Dickson par Jean Ray

Verdict : bien

Le détective Harry Dickson, surnommé le Sherlock Holmes américain pour des raisons sans doute purement publicitaires, a eu une histoire compliquée, que j’ai déjà évoquée sur ce blog mais qui mérite répétition : Il y eut d’abord les Dossiers secrets de Sherlock Holmes, de Kurt Matull et Theo von Blankensee, des aventures mal écrites du détectives par des imitateurs allemands, parues entre 1907 et 1911. Dans ces histoires, Sherlock Holmes est accompagné dun jeune homme nommé Harry Taxon, qui remplace le docteur Watson.

Ces nombreuses aventures (230 au total !) ont été très partiellement traduites en français, mais surtout en néerlandais, puis la version néerlandaise a été traduite à son tour vers le français par Jean Ray. Au passage le héros était devenu Harry Dickson, et le jeune assistant Tom Wills. Fatigué par la faible qualité des textes originaux, Jean Ray a fini par inventer ses propres textes, inspirés des couvertures, tout en prétendant traduire, pour un total de 178 textes en français.

Ce livre de 1984 regroupe donc trois de ces textes de Jean Ray, originellement parus sous forme de fascicules, le numéro 174, La nuit du marécage paru en 1937, le 156, Le mystère malais (1936) et le 160, Les nuits effrayantes de Felston (1936 aussi). Des textes plutôt tardifs donc.

Je disais il y a peu que je voulais lire ce livre, tout en craignant un peu de le faire. J’ai en effet lu la traduction des textes originaux allemands, et c’était pas terrible, une imitation récente qui se veut une suite des fascicules, et ce n’était pas génial non plus, et finalement le roman Malpertuis de Jean Ray, et c’était nettement mieux, sans être forcément à mon goût en ce qui concerne l’écriture elle-même.

Mais pour ma culture, vu l’importance d’Harry Dickson dans la culture populaire française, il fallait que je tente d’en lire, tout comme je tenterai de lire les BD qui en furent tirées.

Je m’attendais donc, peut être pas au pire, mais en tout cas à ne pas apprécier. Et le petit avant-propos de Jean-Baptiste Baronian n’aide pas. Il prévient le lecteur qu’il devra le vouloir pour apprécier ces histoires qui répondent à un schéma bien établi, exigeant une suspension volontaire d’incrédulité assez forte pour accepter des péripéties qui correspondent aux canons d’une époque révolue.

Et pourtant, je me suis surpris à bien aimer ces textes. Moins le second, certes qui est assez décousu, nous présente l’histoire avec systématiquement de gros trous pour laisser la part belle au mystère, au point que ça en devient pénible, mais dans l’ensemble c’était bien mieux que ce à quoi je m’attendais.

La prose surtout est claire et la lecture est agréable. Il y a des ambiances glauques et mystérieuses bien sûr, mais c’est attendu, et même le but, et au moins la lecture rend très clair ce qui se passe, et ne se contente pas du ressenti des personnages. Et ça, c’est bien !

Alors oui, ce n’est qu’un héritier populaire de Sherlock Holmes, et pas Sherlock Holmes lui même et les aventures sont convenues, faciles, avec un bon pied dans le fantastique qui explique trop facilement tout ce qui passe au lieu d’avoir une solution satisfaisante que le lecteur pourrait deviner. Ce n’est pas du vrai fantastique, mais Jean Ray invente des espèces animales et des poisons qui l’arrangent par exemple.

C’est de la littérature à deux sous. Mais si je dois comparer aux trois références que je citais, plus ou moins du même genre, cette littérature à deux sous s’en sort pas mal. Par rapport aux originaux en allemand, c’est nettement mieux. Par rapport à l’imitation que j’avais pu lire, c’est nettement mieux également. Et finalement, par rapport au roman Malpertuis, du même auteur, les intrigues sont bien plus caricaturales, mais je préfère nettement l’écriture donc en terme de plaisir de lecture, je les mettrais au même niveau.

Pas si mal donc.

Le texte du jour : FAQ Street Fighter Alpha 3 Plot Guide par Tiamat

Verdict : coup de cœur

Retour sur ma série de critiques consacrées à Street Fighter, avec un article un petit peu spécial aujourd’hui puisque je ne vais pas exactement parler d’un jeu, mais d’une FAQ. Et pour cela il me faut vraiment remettre les choses dans leur contexte.

Et pour commencer : qu’est ce qu’une FAQ ? FAQ signifie Frequently Asked Question, ou en français Foire Aux Questions, et il existe un site nommé GameFAQs, bien plus important en 2002 qu’il ne l’est aujourd’hui, sur lequel les utilisateurs se retrouvaient pour partager leurs FAQs, au format txt, à propos des jeux qu’ils connaissaient bien. En gros c’était des guides de jeu, et c’était de l’internet 2.0 avant l’heure avec un contenu entièrement généré par les utilisateurs, souvent très largement supérieur à tout contenu officiel.

Et c’est la raison pour laquelle, Internet, c’était mieux avant. On peut vraiment dire qu’on était dans l’âge d’or d’Internet avant que le réseau ne soit pourri par le fric. Mais ce n’est pas le sujet.

Si la plupart des FAQs étaient des guides de jeux donnant des conseils sur comment jouer tel ou tel personnage pour des jeux de baston, ou proposant des cartes dessinées en text art, il y avait une FAQ en particulier à laquelle j’ai accroché peu de temps après sa parution en 2002, c’était le Plot Guide de Tiamat pour le jeu Street Fighter Alpha 3. Et j’étais loin d’être le seul à accrocher à cette FAQ dont le but était initialement de recréer l’intrigue complète du jeu à partir du puzzle formé par les différentes fins.

Chacune de ces fins ayant des éléments obligatoirement non canons (chaque personnage est celui qui élimine Bison et détruit son organisation dans sa fin, ce qui est incompatible) mais aussi des éléments qu’on peut supposer être canons (tout ce qui est purement personnel).

Cet objectif ambitieux mais raisonnable a largement été dépassé et cette FAQ a grossi, grossi, jusqu’à devenir un véritable guide de tout l’univers « canon » de Street Fighter, avec un résumé de l’histoire de chaque jeu, une biographie de chaque personnage, même ceux apparaissant uniquement en arrière plan, et des références pour justifier tout ça avec non seulement les jeux, mais aussi les mangas, les interventions des développeurs et créateurs des différents jeux et de nombreuses traductions disponible pour la première hors du Japon.

C’était l’occasion de découvrir à quel point Capcom avait flingué la traduction de certaines fins de personnages, estimant que les occidentaux avaient des goûts différents et qu’on ne pouvait pas leur proposer l’histoire originale japonaise. Par exemple Cammy, dans Street Fighter 2 découvre qu’elle est à l’origine un corps de rechange conçu pour Bison, un « clone » (oui, c’est complètement débile, et Capcom n’avait pas tort de s’en rendre compte), dans la version US, et française, elle découvrait à la place que Bison et elle avaient été … amants (ce qui en un sens est nettement moins stupide, mais en un autre l’est encore plus).

Pour qui s’intéressait à autre chose qu’à l’aspect purement technique et compétition de Street Fighter, comme moi, cette FAQ était une mine d’or.

L’époque était justement creuse pour les jeux de baston en général et Street Fighter en particulier. Street Fighter III avait plus ou moins mis fin à la licence, et après un baroud d’honneur avec Capcom vs SNK, il semblait bien que c’était fini.

La seule chose qui faisait vivre la communauté était cette FAQ et ça ne me parait pas exagéré de dire que, peut être, Street Fighter IV a existé grâce à cette FAQ, et donc que si nous avons eu Street Fighter V et bientôt Street Fighter VI, c’est grâce à cette FAQ.

D’autant qu’il a été établi par après que les développeurs même des jeux suivant, les japonais chez Capcom se servaient de cette FAQ comme référence pour savoir ce qui était canon ou pas. Oui des fans faisaient du bien meilleur boulot qu’une entreprise, ce qui n’est pas du tout surprenant quand on y pense et explique pourquoi Internet c’était mieux avant.

Bien sûr, et malheureusement, cela a aussi créé des problèmes, plus tardivement, Tiamat a passé la main très rapidement, et la FAQ a fini aux mains d’un « expert » qui traduisait les textes japonais de la façon qui l’arrangeait pour faire passer ce que lui voulait, plutôt que ce que les créateurs de l’époque avaient en tête. Ça a fait un gros scandale (limité à une toute petite communauté quand même). Mais ça c’était longtemps après, et plus si important.

Pour aller plus loin :

Ma critique de Street Fighter et Street Fighter 89.

Celle de Street Fighter II.

Celle de Street Fighter alpha.

Celle de Street Fighter III.

Celle de Capcom vs SNK 2.

Celle de Street Fighter Ex.

Et même, dans le désordre donc, celle de Street Fighter V.

Le film du jour : Mort sur le Nil par Kenneth Branagh

Verdict : assez bien

Suite à l’adaptation en film du Meurtre de l’Orient Express par le même réalisateur en 2017, film que je n’avais vu et apprécié, mais que je n’ai pas eu l’occasion de critiquer, ce second film devait sortir en 2020, mais a été repoussé pour cause de Covid et c’est seulement à partir de 2022 qu’il a été disponible.

Et puisque j’avais bien apprécié le premier, j’avais bien envie de voir celui là aussi, d’autant que les qualités qui font que j’apprécie ces histoires ont plus à voir avec l’environnement qu’avec les intrigues elles mêmes : j’ai déjà eu l’occasion de critiquer les deux romans adaptés, et l’intrigue de Mort sur le Nil est certainement plus faible que celle du Crime de l’Orient Express. Mais question ambiance luxueuse des années 30, une croisière sur le Nil vaut bien un voyage dans l’Orient Express. Je préfère le train au bateau, mais l’Égypte est une destination touristique très attirante, surtout une Égypte pas encore envahie par la modernité.

Et question belles images, on est servis ! Certaines scènes ont bien un côté artificiel qui me laisse un peu dubitatif sur la qualité des effets spéciaux, ça fait vraiment décors d’intérieur, alors que j’estime qu’en 2022 on ne devrait pas être capable de s’en rendre compte, mais dans l’ensemble c’est beau, ça sent l’aventure, le dépaysement, et rien que pour ça j’ai passé un bon moment.

L’intrigue policière reste assez fidèle au roman, que j’avais lu il n’y a pas si longtemps, aucune surprise réelle donc, en tout cas pour l’intrigue principale, sachant que pour remplir il y a toujours de petits trucs en plus. Et puis il y a la décision de récupérer un personnage secondaire du film précédent pour l’utiliser ici dans le rôle, dans le roman, d’un autre personnage n’ayant pas la même personnalité, ce qui l’amène à « trahir » en quelque sorte Poirot, et à devenir victime, et je ne suis vraiment pas fan de ce choix scénaristique.

Contrairement au premier dans lequel il y avait un vrai langage caméra qui en révélait beaucoup sur l’intrigue, mine de rien, je n’ai rien vu de tel ici. Les mêmes effets sont employés, mais n’ont pas du tout le même sens. A croire que ce n’était pas volontaire la première fois ?

Le film essaye également de rendre les choses plus personnelles pour Poirot, avec une histoire d’amour bidon, rappelant son premier amour, ce qui nous donne droit en introduction à une scène d’Hercule Poirot durant la première guerre mondiale qui n’apporte vraiment rien au film et au contraire m’a directement agacé.

Agacé pourquoi ? Car j’aime bien que les films supposés se passer dans le passé justement, respectent au maximum la réalité historique ou si ils ne le font pas qu’ils le montrent clairement. Là on a droit à une scène de tranchée en 1914 avec des soldats africains ce qui est historiquement faux sur de nombreux points, ce qui m’agace donc profondément.

Précisons donc qu’il n’y avait pas de tranchées en 1914, en tout cas certainement pas à cette bataille là qui s’est faite en une zone marécageuse où creuser était impossible, et que la seule nation a employer des soldats africains sur le continent européen était la France, donc pas possible pour la Belgique, et encore moins en 1914.

A une époque quand même ultra raciste, on voudrait aussi nous faire croire que presque tout se passe merveilleusement bien entre blancs et noirs ce qui est non seulement un mensonge, mais également une occasion manquée si l’on veut un vrai discours antiraciste.

Il y a une réécriture visuelle de l’histoire visant à se conformer d’une part aux clichés classiques sur cette guerre, et à obéir au politiquement correct d’autre part, qui font qu’à partir du moment où je me rends compte, je perds toute confiance dans la véracité des images qui vont être proposées par la suite. Le côté évasion, qui était le principal aspect que je cherchais dans ce film, en prend donc un bon coup.

Les images sont belles et j’ai envie de croire que l’Égypte en 1930 c’était ça, mais du coup le doute vient tout gâcher.

J’aurais donc nettement préféré qu’ils ne touchent pas du tout à l’intrigue du film et se content d’essayer de le mettre en images en la respectant au mieux, ainsi que l’époque. Tant pis.

Pour aller plus loin :

Globalement, l’accueil de ce film n’a pas été très bon, je suis plutôt dans la norme, voir plus sympa que la moyenne, ce qui m’étonne par contre c’est la réception du précédent que j’avais bien aimé et qui semble avoir été à peu près aussi mal accueilli.

Un troisième film est à venir, adaptation d’un roman que je ne connais pas et qui, pour rester dans les vacances de luxe, se passe à Venise. Même si je n’en attends plus grand chose, ça suffit pour me donner, un peu, envie.