Le livre du jour : Les compagnons de l’ombre, tome 1 par Jean-Marc Lofficier

Verdict : très bien.

Les compagnons de l’ombre est une anthologie de textes courts, voir très courts, rassemblés (et parfois écris) par Jean-Marc Lofficier. Il s’agit à la base d’une anthologie en langue anglaise, qui parait annuellement sous le nom « Tales of the shadowmen ». La version française est une traduction des textes anglais mais chaque tome ne correspond pas exactement au tome équivalent en anglais, des textes étant déplacés de l’un à l’autre, sans doute pour plus de cohésion, la parution française ayant quelques années de retard (2006 pour la première parution américaine, contre 2007 en France) ce qui lui permet cet arrangement.

Le principe de cette anthologie est que les textes (qui sont récents) vont porter sur des personnages des textes « pulp » français des années 1850 (et parfois même avant) à 1950 environ. Jean-Marc Lofficier est en effet un auteur français, marié à une américaine, qui a vécu là-bas, ce qui explique que cette série fut d’abord développée en langue anglaise. Il y a cependant un côté ironique à voir qu’il y a visiblement plus de public pour des héros français en Amérique qu’en France.

La couverture, en anglais.

Cette anthologie fonctionne sur le principe du Wold Newton, en version française. En quelques mots c’est l’idée, développée par Philip José Farmer, un écrivain américain assez connu, que différents personnages de fiction appartiennent au même univers et tirent leurs capacités surhumaines d’une même origine, une météorite qui serait tombée à Wold Newton en Angleterre en 1795. C’est un petit peu les Avengers avant l’heure, ou plus proche, La ligue des gentlemen extraordinaires.

On retrouve ici des noms très connus, mais aussi des personnages moins connus, ou des invités comme la créature de Frankenstein.

Ainsi le commissaire Maigret se retrouve-t-il à assister Judex, ou Emond Dantès, le Comte de Monte-Cristo à bénéficier de l’aide du Chevalier Dupin. Les récits sont généralement assez agréables par eux-mêmes, encore que j’ai du mal avec certaines micro-nouvelles qui tiennent sur une seule page, et on les apprécie d’autant plus qu’on connaît les personnages par ailleurs.

Judex, un héros français qui préfigure les super-héros, a influencé la création de « The Shadow », un des tout premiers héros de comics américain, parfois considéré comme un super-héros d’avant Superman, et il a aussi influencé sur la création de Batman, directement peut-être ou en tout cas à travers « The Shadow ». Ce lien réel d’inspiration vient ici se refléter dans un récit ou les parents de Batman, les Wayne, passent leur lune de miel à Paris et se trouvent impliqués dans une histoire de vol de bijoux. On retrouve alors la mère du futur Batman qui, s’inspirant du gang des Vampires de Paris, va s’habiller de noir en un costume qui rappelle les chauve-souris, pour tenter de récupérer un bijou volé. Elle recevra plus tard l’aide de Judex.

Puisque j’ai une appréciation particulière pour la littérature d’où ces personnages sont issus, je ne peux qu’apprécier cet hommage qui leur est fait, surtout quand il apporte une dimension supplémentaire en reflétant la réalité. Ce fut un vrai plaisir de lire (presque) toutes ces histoires, et je suis impatient de lire les autres tomes.

Pour aller plus loin :

Jean-Marc Lofficier, qui dirige la collection Rivière Blanche hommage à la célèbre collection Fleuve Noir, a publié de nombreux livres comme auteur ou traducteur, il a également scénarisé un nombre impressionnant de comics, et traduit bon nombre de BD pour le marché américain. Il a donc travaillé sur des séries et personnages aussi variés que le Docteur Strange, TeenTitan, Witchblade, Blueberry, Adèle Blancsec, L’incal, Arsène Lupin, Robur, Doctor Who … Autant dire que quand il parle de héros, il sait de quoi il parle.

Tales of the Shadowmen existe aussi en comics sous le titre Shadowmen.

La démarche est bien sûr à rapprocher de celle d’Alan Moore et de la Ligue de gentlemen extraordinaires.

Mais on peut également penser aux deux livres que j’ai critiqué ici qui retracent l’origine française des super-héros.

Sans surprise on retrouve dans cette anthologie un texte de Serge Lehman, dont j’ai déjà critiqué certaines créations.

4 commentaires sur « Le livre du jour : Les compagnons de l’ombre, tome 1 par Jean-Marc Lofficier »

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