Le film du jour : Spectre par Sam Mendes et autres James Bond

Verdict : très mauvais (mais les autres vont jusqu’à très bien)

Lorsqu’on parle de films d’actions, c’est le sujet de la semaine pour moi, la série James Bond est sans doute à considérer puisqu’il s’agit d’un pilier du genre. De James Bond contre Dr No, sorti en 1962 jusqu’à Mourir peut attendre dont la sortie est imminente, la série compte vingt cinq films, plus deux non-officiels et un téléfilm et a marqué fortement l’histoire du cinéma, inspirant de nombreux artistes et menant à la création de la meilleure franchise de films de l’histoire du cinéma.

James Bond est, à la base, une série de romans d’espionnage de Ian Fleming, ancien espion lui-même. Les romans ont tous été adaptés de façon plus ou moins fidèle avant que les films ne se retrouvent à suivre leurs propres scénarios. Ces films d’espionnage ont contribué à la naissance du genre action, l’espionnage manquant singulièrement de réalisme dans la série, remplacé par du glamour et de la violence, et même si tous les James Bond n’ont pas connu le même succès, et ont souvent manqué de qualité, la franchise est rapidement devenue la référence dans le domaine de l’espionnage, celle à laquelle on se compare.

Quitte à choisir un James Bond en particulier à critiquer, j’aurais pu prendre le meilleur (sans doute Goldfinger), ou mon préféré (sans doute Goldfinger) mais j’ai préféré prendre à la place le dernier que j’ai vu, qui se trouve être le dernier sorti pour peu de temps encore : Spectre, sorti en 2015. Malheureusement Spectre est loin d’ être le meilleur, il lutte même au contraire pour la place de plus mauvais. Quel dommage pour la série qui était repartie pas trop mal avec le premier film de Daniel Craig avant de s’enfoncer lourdement ensuite à chaque sortie successive. Mourir peut attendre réussira-t-il à faire encore pire ?

James Bond, le personnage, est une version idéalisée du gentleman anglais, à la fois séducteur, suave et cultivé, mais également un tueur au sang froid, dévoué à son métier et presque dénué de sentiment en dehors de sa fidélité à sa nation, l’Angleterre (et pas le Royaume Unis). A ce titre il est un bon représentant de la mentalité d’après guerre. Ian Fleming est né au début du XXe siècle et son héros met en avant les valeurs de cette époque, il est par nature sexiste et raciste, mais son éducation hypocrite (il est à la fois anglais et issu de l’aristocratie) l’empêche de le montrer trop visiblement.

On aime un héros pour ses défauts, surtout quand ceux-ci sont bien plus acceptables dans des romans ou des films que dans la réalité. Et je dois dire que j’apprécie cet aspect qui fait le sel du personnage. Ça devrait le rendre haïssable, après tout il est anglais, mais son extrême compétence dans ce qu’il fait le rend malgré tout sympathique.

Pour commencer, Daniel Craig n’incarne pas du tout le personnage. Physiquement on dirait plus un espion ennemi, un russe ou quelque chose, que le personnage qu’on attend. De tous les acteurs ayant joué le rôle c’est sans doute le pire, visuellement. Je l’ai déjà dit il y a peu à propos de Lara Croft, quand un personnage est connu je préfère que l’acteur choisi pour l’incarner lui ressemble. Si ce n’est pas le cas et que derrière le film est bon, ça reste une complainte mineure, ce n’est pas le plus important, mais c’est un détail qui me tient à cœur.

James Bond, depuis Daniel Craig, est revenu vers un personnage plus froid, plus violent, plus réaliste, surtout dans le premier de sa série (Casino Royal). C’est plutôt une bonne chose, j’apprécie l’humour de Roger Moore, mais c’est une version de James Bond qui s’éloigne un peu des romans. La noirceur et la violence des premiers films se trouvent toutefois moins visibles ici. On perd en caractérisation au profit d’un héros qui n’a plus aucune personnalité.

Comme les autres personnages d’ailleurs. Christoph Waltz qui a su par ailleurs se montrer impressionnant des les films de Tarantino n’a rien à offrir ici. Comme James Bond c’est un accessoire du scénario, une marionnette et pas un personnage à part entière. Et si ni le héros ni le vilain du film n’ont de personnalité, de justification crédible pour leurs actions, on peut facilement en déduire que c’est le cas pour tout le monde.

Ce James Bond a le scénario le plus ridicule, le plus creux, qu’aucun James Bond ait jamais eu. Skyfall avait ses fautes, mais compensait avec un travail visible dans d’autres domaines (visuels, maîtrise de l’univers, potentiel …), là il n’y a pas grand chose. Pire, le film vient retro-activement gâcher les films précédents en tentant de tirer pour son vilain le bénéfice de ce qui fonctionnait dans Casino Royal et dans ses suites. Une tentative pathétique à laquelle on arrive pas à croire, malgré la meilleure volonté du monde.

Ce film est purement une suite de scènes d’action, la plupart n’étant même pas géniales. Un point tout de même pour la scène d’ouverture pendant la fête des morts à Mexico qui est très sympa, et pour l’utilisation et la référence à la base du MI6 détruite pendant la scène finale.

C’est hélas, symptomatique d’une tendance dans les films d’aujourd’hui, dont la formule est trop calculée et qui n’ont plus d’âme. C’est particulièrement vrai pour les films d’actions. J’aurais pu critiquer Goldfinger et démontrer (après coup c’est plus facile), à quel point un bon film a pu influer la création et l’explosion d’un genre. Les James Bond n’ont pas toujours gardé leur importance derrière, les années 80 ont été plutôt pauvre alors que c’est une décade où les films d’action ont régné en maîtres. Est-ce que la pauvreté d’un James Bond, entre autre, nous annonce l’épuisement du genre ? Je ne le souhaite pas bien sûr, mais si c’est pour réaliser et produire des Tomb Raider ou des Spectre, le cinéma vaut-il encore le coup ?

Pour aller plus loin :

Ce film m’avait tout de même marqué, en mal, puisqu’il y a dix mois, au tout début de ce blog, j’y faisais déjà référence, comme quelque chose à ne pas imiter.

OSS 117, dont le troisième volet est en ce moment au cinéma, est vu maintenant comme une parodie de James Bond. Ce que les films sont certainement d’ailleurs, et plutôt bons en tant que tels. Mais contrairement à ce qu’on s’imagine le personnage d’OSS 117 est plus vieux que James Bond.

Sam Mendes a aussi réalisé 1917, que je n’ai pas vu, dans lequel on retrouve la continuité du Dunkerque de Christopher Nolan et de cette habitude anglo-saxonne de réécrire l’histoire en prétendant que les deux guerres mondiales les ont vus combattre en France, mais sans les français …

3 commentaires sur « Le film du jour : Spectre par Sam Mendes et autres James Bond »

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