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Le livre du jour : The Defence of Duffer’s Drift par Ernest Dunlop Swinton

Verdict : bien

La défense de la dérive de Duffer, en français, est un roman court, ou une longue nouvelle au choix, paru en 1904. Cette histoire prend place pendant la seconde guerre des Boers, et décrit une série de rêves que fait un jeune lieutenant anglais, chargé de défendre un gué et qui va rêver plusieurs fois de la façon dont il va s’y prendre, commettant à chaque fois des erreurs et en tirant des leçons qui s’inscrivent dans sa mémoire.

Ce roman qui n’a jamais été traduit en Français, du moins à ma connaissance, est reconnu comme étant le premier à employer le principe d’une boucle temporelle, mécanisme qui m’est cher puisque j’adore Un jour sans fin, et Mother of learning, entre autres. Et comme je suis généralement curieux de l’évolution des tropes et surtout de leur introduction, il fallait bien que je le lise.

Ce qui, étant fait, me laisse un peu dubitatif car il y a une ressemblance certaine avec une boucle temporelle, mais techniquement, ça n’en est pas une. On pourrait même argumenter et dire qu’il ne s’agit même pas de fantastique ou de science-fiction.

Après tout, c’est annoncé dès le début, il ne s’agit que d’une suite de rêves, et la situation n’est même pas identique dans chacun d’entre eux, seulement très similaire. Et ce que le narrateur protagoniste tire de ces rêves ce sont des leçons générales sur l’art de la guerre, et non sur cette situation en particulier. On pourrait même argumenter qu’il s’agit simplement de leçon qu’il a apprises sans bien les intégrer et que ces rêves sont sa façon de le faire, autrement dit, il n’y a besoin d’introduire aucun élément fantaisiste pour que le récit fonctionne.

Ce qui irait sans doute à l’encontre du but de ce texte d’ailleurs puisqu’il semble qu’il s’agisse là de leçons militaires déguisées en roman. On est même proches de l’autobiographie puisque l’auteur était lui-même capitaine lors de cette guerre à laquelle il a participé. Des leçons qui sont apparemment toujours d’actualités, du moins pour certaines d’entre elles.

Il parle quand même d’emprisonner la population locale, d’abattre tous les troupeaux et de forcer les hommes à travailler pour l’occupant. C’était la mode à l’époque. L’explication de pourquoi le faire est malheureusement logique, mais on est pas obligé d’apprécier les conclusions, et les armées modernes évitent quand même ce genre de comportement, du moins en théorie.

On comprend donc pourquoi il est important que d’un rêve à l’autre le narrateur ne se souvienne pas des détails, qui changent de toute façon, mais des règles générales. L’artifice du rêve permettant de forcer une réalité des conséquences déjà plus concrète que si il s’agissait simplement de leçons ou de wargames.

De ce point de vue le texte est relativement court, agréable à lire, on s’identifie bien au protagoniste et on a cœur d’apprendre ses leçons, et de le voir progresser d’une situation catastrophique où il est obligé de se rendre rapidement, à une victoire éclatante qui permet au Royaume Unis de remporter la guerre.

Les termes « techniques » compliquent quand même un peu la lecture pour un étranger comme moi, j’ai beau me prétendre bilingue, lorsqu’il explique comment on doit creuser les tranchées, en zig-zag, avec ou sans motte pour la défense, quelle épaisseur pour la motte … je suis un peu largué. Je ne suis même pas sûr d’employer les bons termes en Français d’ailleurs. Fort heureusement, je n’ai aucune intention de mettre ces leçons en pratique.

Globalement la lecture reste très agréable, le lecteur est investit, et même si l’aspect fantastique est inexistant ou quasiment inexistant, je ne regrette pas cette lecture.

Est-ce que l’on peut vraiment dire que ce livre est le premier à employer des boucles temporelles ? C’est débattable. C’est l’illustration, comme souvent, que les choses sont rarement clairement définies. La différence par rapport à un enseignant qui obligerait ses élèves à répéter un exercice plusieurs fois est minime. Et je suis sûr qu’on doit pouvoir trouver ce genre de situation dans bien des récits antérieurs. L’idée d’employer les rêves pour simuler un fantastique qui en vrai n’est pas fantastique doit être aussi vieille que l’humanité, en tout cas l’humanité qui raconte des histoires. Mais est-on très loin de ça avec Edge of tomorrow par exemple ?

Pour aller plus loin :

Le texte est dans le domaine public, disponible ici.

Ernest Dunlop Swinton serait également l’inventeur ou l’un des inventeurs du mot tank pour les véhicules du même nom, et a participé à leur invention. Il a écrit quelques autres livres, mais dont je ne sais rien du tout.

Si l’on ne considère pas ce livre comme la première boucle temporelle, le suivant serait Le serpent Ouroboros de 1922, le concept apparaissant régulièrement bien que rarement à partir des années 20 avant de se développer vraiment dans les années 60.

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