Le concept du jour : Le dilemme du prisonnier

Verdict : essentiel

Énoncé par Albert W. Tucker en 1950, ce dilemme est rapidement devenu une référence de la théorie des jeux et est largement connu et référencé dans de nombreux domaines comme l’économie ou la psychologie, la théorie des jeux ayant de nombreuses applications. Plus généralement, c’est un concept à garder en tête dès que l’on se retrouve dans une situation d’opposition/collaboration et en ces temps de guerre et d’élection présidentielle, il me semble opportun d’en parler.

Je ne sais plus quand j’ai rencontré ce dilemme pour la première fois, mais j’en suis tout de suite tombé amoureux, et il fait parti de mes principaux outils d’analyse du réel. C’est pour moi un concept extrêmement simple mais extrêmement important et donc fort bien trouvé. Comme pour ce genre de concepts, il n’est que la formalisation de quelque chose que nous devons tous savoir instinctivement, mais je pense que le mettre en mots et en image présente l’avantage d’en prendre pleinement conscience et nous permet donc de prendre de meilleures décisions.

On pourrait ironiser sur le fait qu’il ne s’agit que d’un concept de base, et que s’en contenter, c’est peu. Je me souviens d’un article que j’avais lu, dans lequel l’auteur se moquait des gens qui, un peu comme moi, se limitaient au dilemme du prisonnier, à l’histoire du scorpion et de la grenouille et à la caverne de Platon dans leurs réflexions « philosophiques ». Et peut être il y a-t-il du vrai : une connaissance superficielle n’est pas suffisante pour garantir une prise de décision optimale, mais dans ce cas j’estime qu’une connaissance limitée reste largement mieux que pas de connaissance du tout et que garder ces concepts en tête permet déjà d’éviter bien des erreurs. Comme croire que le capitalisme est une bonne chose par exemple.

Mais qu’est-ce donc que ce dilemme du prisonnier ? C’est l’illustration d’une situation où deux personnes (ou plus) se retrouvent à devoir choisir de coopérer ensemble ou pas, sachant que le meilleur résultat pour le groupe nécessite la coopération, mais que le meilleur résultat individuel s’obtient en ne coopérant pas. C’est un peu théorique ? Passons donc au dilemme lui-même.

Deux personnes se retrouvent prisonnières de la police, soupçonnées d’un délit, d’un crime, peu importe, qu’elles soient coupables ou non n’a d’ailleurs pas d’importance ici, nous nous plaçons dans le cadre théorique d’une décision « rationnelle » dans laquelle nous tentons d’ignorer la morale. La police soupçonne fortement ces deux personnes, mais n’a pas de preuves, elle ne peut donc compter que sur deux choses : des aveux, impossibles dans le cadre d’une décision rationnelle, ou que l’un des deux criminels supposés dénonce l’autre.

Les deux individus sont donc placés dans des cellules séparées et la même offre leur est faite, de façon individuelle encore une fois : dénoncez-votre petit camarade et vous sortirez immédiatement, sauf si votre culpabilité est établie, auquel cas le juge se montrera clément pour cause de collaboration.

Mettons quelques chiffres en place pour mieux comprendre le problème :

Si aucun des deux prisonniers ne dénonce l’autre, la police traînera des pieds, les gardera enfermés jusqu’au procès (six mois plus tard) et faute de preuves ils seront tous deux relâchés.

Si l’un dénonce l’autre, il sort immédiatement, l’autre sera condamné à son procès et restera des années en prison, mettons dix ans.

Si les deux se dénoncent mutuellement, les deux restent en prison, et les deux sont condamnés, mais avec une remise de peine, à, disons donc, six ans seulement.

Du point de vue du groupe, on voit bien que le meilleur résultat est ici de collaborer, en se taisant, personne ne dénonce personne, et les deux sont libres au bout de six mois. Le pire résultat par contre, est qu’ils se dénoncent l’un l’autre et finissent tous deux par rester six ans en prison. La voie à suivre, le choix rationnel est donc évident, il faut se taire !

Pourtant, si l’on examine la situation du point de vue de chaque prisonnier, le choix est très différent. Pour chacun des deux il y a deux possibilités :

Soit l’autre est solidaire et ne le dénonce pas. Dans ce cas, en dénonçant l’autre, le prisonnier sort tout de suite au lieu de devoir attendre six moi.

Soit l’autre n’est pas solidaire, et dénonce. Dans ce cas, en dénonçant également, le prisonnier réduit sa peine et la passe de dix à six ans.

On voit donc que le choix rationnel individuel est à l’opposé du choix rationnel du groupe. Pire encore, ce choix rationnel individuel amène une situation qui est également pire pour l’individu puisque si les deux se montraient solidaires ils auraient chacun six mois en prison seulement, contre six ans si les deux ne sont pas solidaires.

Et toute théorique que soit cette situation, elle n’en est pas moins une bonne illustration de ce qui se passe dans la réalité. Je pense à la guerre par exemple, où une solidarité mondiale, ou quasi mondiale puisque certains pays ont plus de poids que d’autres, pourrait forcer même les pays belliqueux à la pays. Je pense à l’économie, et au réchauffement climatique, entre autres problèmes écologiques, surtout, et en particulier ma bête noire, l’automobile.

Seuls les imbéciles ou ceux qui sont de la pire mauvaise foi le nient : nous fonçons droit dans le mur écologiquement. Et je suis stupéfait et assez enragé à l’idée que malgré ça, certains défilent dans la rue pour réclamer le droit de détruire le monde un peu plus vite en ayant leur essence moins cher. Je ne comprends pas qu’on puisse montrer un tel égoïsme monstrueux. Mais l’explication se trouve sans doute dans le dilemme du prisonnier. Quitte à ce que le monde soit foutu, pourquoi ce serait à moi de faire des efforts, se dit chacun des milliards d’individus prisonnier de cette situation.

Et l’on sait que le monde est foutu parce qu’on sait que tout le monde ne sera pas solidaire et que les autres, les chinois, les indiens ou que sais-je, ne joueront pas le jeu. Pourquoi être celui qui se fait avoir ?

Et la réponse est là aussi dans le dilemme. Quelque soit la réaction des autres, nous ne sommes responsables que de la nôtre, et la seule chance pour se retrouver dans la meilleure situation pour tous, ce que moi, sans réfléchir à la stratégie des autres, je fasse le choix de la solidarité. Ça ne garantit rien, mais faire le choix de l’égoïsme garantit que le résultat optimal est impossible !

Entre une chance, même petite, même naïve, et la garantie de l’échec, je préfère personnellement choisir la solidarité, même si ça coûte.

Un avis sur « Le concept du jour : Le dilemme du prisonnier »

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

Créez votre site Web avec WordPress.com
Commencer
%d blogueurs aiment cette page :