Les livres du jour : L’affaire Francis Blake et La malédiction des trente deniers

Après avoir publié six aventures de Blake et Mortimer en neuf albums entre 1946 et 1962, Edgar P. Jacobs commence à ralentir un peu le rythme dans les années 60. Il lui faut cinq ans pour L’affaire du collier, puis six ans de plus pour la première partie des Trois formules du professeur Satō, dont la seconde partie peine ensuite à sortir. L’auteur n’a visiblement plus la motivation ou confiance en son travail, il évoque la retraite, compare son œuvre à ce qui se fait de nouveau, les films Star Wars par exemple, et meurt finalement en 1987 en laissant malheureusement un album inachevé. En 1990, complété par Bob de Moor, le second volumes des Trois formules du professeur Satō sort enfin. Et je ne peux vous parler ni de ces deux volumes ni de l’album précédent car je ne les ai pas encore lus.

La suite par contre, oui, mais cette suite n’est bien évidemment pas d’Edgar P. Jacobs et on assiste donc à une reprise de la série, une reprise très importante dans l’histoire de la BD puisque quasiment unique à l’époque, en tout cas pour une BD de cette importance. On pourrait également penser à Spirou, mais Franquin n’en était pas le créateur, même si c’est lui qui avait fait de Spirou la vedette qu’il était devenu. Cette reprise a donc du faire couler pas mal d’encre à l’époque.

Et cette reprise c’est d’abord L’affaire Francis Blake, puis d’autres albums s’enchaînent avec difficulté, malgré un bon succès populaire. Deux équipes travaillent en parallèle et proposent donc deux séries dans la série qui sont publiées en alternance, mais situées chronologiquement à des moments différents, puis les choses se compliquent encore avec encore une fois la mort d’un dessinateur, l’abandon de certains participants, leur retour … je ne connais pas tous les détails mais entre les scénaristes et les dessinateurs je compte une douzaine de noms, et ce sans inclure les hors-série.

Mais je n’ai pas encore tout lu et je voulais me contenter pour cette critique du premier album de reprise, L’affaire Francis Blake, cependant ayant lu récemment la duologie de La malédiction des trente deniers, j’ai décidé de critiquer également celle-ci.

L’affaire Francis Blake donc, est un album de 1996, avec Jean Van Hamme au scénario, et Ted Benoît au dessin. Et comme on peut le voir sur la couverture de l’album, l’affaire en question consiste en la découverte que Blake, le héros, le capitaine vétéran de la guerre mondiale, le chef du contre-espionnage anglais, est un traître, vendu à des puissances étrangères. Difficile à croire ? Sans doute, et on devine donc facilement à l’avance qu’il y a une surprise en réserve, d’une façon ou d’une autre. Et je trouve ça à la fois gonflé, mais aussi très « couillu » pour un repreneur, qui se sait particulièrement scruter sur le coup de proposer ça comme scénario.

Comme ça, histoire de bien faire croire qu’il n’a rien compris à l’univers ni aux personnages. Rien que la couverture a dû en faire bouillir plus d’un. Aujourd’hui, on appelle ça troller. Et rien que pour ça, ça me fait bien rire. J’admets, surtout parce que je ne suis pas le public visé. En me mettant à la place des fans de la série initiale, qui devaient craindre le pire avec cette reprise, j’imagine que je n’aurais pas forcément apprécié la blague.

Qui plus est, quand on se permet une telle provocation, il faut assurer derrière, et si le dessin de Ted Benoît me parait suffisamment ressemblant pour que ça passe, sur le scénario l’album est loin de faire l’unanimité. Beaucoup reprochent justement à l’histoire ce rebondissement, évident, mais qui selon eux n’était pas du tout la marque de fabrique d’Edgar P. Jacobs. Et je ne sais pas si ils ont tort ou raison.

Pour ma part, j’ai le sentiment que l’esprit, en tout cas, de la série a été conservée et que si elle s’est un peu modernisée dans le scénario au passage ce n’est pas gênant tant que ton et thèmes restent fidèles à l’original. Mais je n’ai pas eu quarante ans pour devenir fan de la série et l’ériger en référence absolue. A peine un mois et je n’ai lu que la moitié des albums originaux. Donc si vraiment quelqu’un doit me jurer que cet album est une trahison, eh bien peut être. Moi il m’a plu, même si, quitte à moderniser une œuvre, autant se débarrasser de certains gros défauts, moins pardonnables aujourd’hui (Olric …).

Verdict : bien.

Franchement, je ne suis pas fan des couvertures de ces deux albums. La première encore moins que la seconde, et c’est pourquoi j’ai choisi cette dernière pour illustrer. Passons. Sortis en 2009 et 2010, ces deux tomes ont toujours Jean Van Hamme au scénario, avec René Sterne ayant repris le dessin, avant de mourir pendant la production du premier album, continué et terminé par sa veuve, Chantal De Spiegeleer. Le dessin est ensuite repris par Antoine Aubin. Et encore une fois, niveau dessin, je n’ai pas grand chose à dire, sur l’un comme sur l’autre. Le but étant simplement d’imiter Edgar P. Jacobs et c’est réussi, même si pas parfaitement.

A mes yeux de néophyte en tout cas, ça passe.

Ce qui fait plus que passer et m’a poussé à parler en particulier de ces albums, c’est le fait que cette histoire est presque plus un scénario d’Indiana Jones que de Blake et Mortimer. Et vu que Indiana Jones c’est un peu pour moi ce qui se fait de mieux, je dis forcément ça comme un compliment.

Pas que les références soient trop subtiles non plus, les trente deniers du titre étant l’argent que Judas a reçu pour sa trahison, on a un des personnages qui annonce que leur découverte est aussi importante, voir plus, que pourrait l’être celle de l’arche d’alliance ou du Graal … deux exemples choisis totalement au hasard j’imagine. Le scénario suit ensuite une structure très proche de celle d’un film d’Indiana Jones, avec Blake et Mortimer qui se retrouvent à faire le boulot des « méchants », dont le plus important meurt de façon ironique à la fin, puni par l’obtention même de ce qu’il cherchait. Et avec plein de références au passage.

Ça manque de poursuites pour être un vrai Indiana Jones. Dans la trilogie de films les scènes d’action se font surtout en mouvement, là on est sans doute trop statiques. Et puis Blake et Mortimer choisissent d’enfiler une tenue adaptée pour explorer une grotte, au lieu d’y aller avec un blouson en cuir et un fouet (gros point négatif pour eux du coup).

Et mine de rien, ça reste quand même sans problème une bonne aventure pour la série, comme quoi on est dans des genres très proches. J’ai aussi envie de voir une référence à Tintin et la toison d’or quand ils embarquent en Grèce sur un vieux rafiot pourri peint en jaune d’or, mais peut être que c’est plus ce que j’ai envie d’y voir plutôt que ce qui est réellement là.

En tout cas c’est non seulement une bonne histoire pour la série, mais également, et c’est malheureux quelque part, une meilleure histoire d’Indiana Jones que ne l’était le quatrième volet.

Verdict : très bien

Pour aller plus loin :

Sur les quatre dessinateurs cités, je dois avouer n’avoir rien à ajouter, leur nom ne m’était pas connu en dehors de la série, et même en regardant leur bibliographie je ne trouve rien que je connaisse.

Pour le scénariste c’est le contraire, Van Hamme est quand même un nom difficile à ignorer dans la BD. Et j’ai tendance à le trouver surcoté (moins maintenant). Certes c’est un bon scénariste, mais XIII par exemple devient lassant après les premiers tomes, et n’est à la base qu’une grosse repompe de La mémoire dans la peau, roman inconnu en France à l’époque mais l’adaptation en film l’a rendu assez célèbre. Largo Winch et Thorgal finissent par lasser aussi, moins vite pour le héros viking peut être qui a quelques tomes vraiment bons mais la série tire bien trop sur la corde. Finalement je préfère Van Hamme sur des formats plus courts : Le Grand Pouvoir du Chninkel, bonne BD mais que je n’ai pas adorée, ou Les maîtres de l’orge qui a l’avantage d’un récit s’étalant sur plus d’un siècle et plusieurs générations.

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