Le livre du jour : Et pour quinze cent dollars de plus par Salvérius et Cauvin

Verdict : assez bien

Cette BD est le troisième album de la série des Tuniques bleues, une série de BD belge, démarrée en 1968, devenue un grand classique de la BD franco-belge et reprise aujourd’hui par d’autres auteurs, Salvérius étant mort en 1972 et Cauvin ayant passé la main en 2019. Western humoristique à la base, cette série a rapidement évolué vers quelque chose de différent : dès la deuxième album les deux héros gagnent les lignes de front et ce qui s’annonçait western assez classique (fort, indiens …) bascule dans la guerre de sécession et un peu plus de sérieux. Ce qui se ressent dans le dessin, même si avec à la base des traits typiques de la BD d’humour, la série était condamnée à rester dans ce registre.

Et on s’aperçoit toujours dans ce troisième album que les auteurs ont envie de faire un peu plus que de l’humour, avec ici une bonne dose d’action, et de référence à des classiques du western, ne serait-ce qu’avec le titre. Ce troisième album date de 1972, c’est à dire huit ans après Pour une poignée de dollar, premier film de la trilogie du dollar de Sergio Leone. L’hommage est évident, et la couverture montre bien le désir de faire quelque chose qui bouge, qui sente l’aventure. D’où sans doute le fait que j’ai gardé un bon souvenir de cet album (entre autres) au milieu d’une série qui me laisse pourtant des souvenirs mitigés. C’est donc par lui que j’ai commencé une lente relecture.

Une assez bonne surprise que cette relecture. Je n’avais pas relu les premiers de la série depuis très longtemps, et même les derniers … j’étais plus ou moins resté sur un Captain Nepel que j’avais trouvé plutôt raté et sans surprise car c’est une règle quasiment universelle que les grandes séries se perdent, épuisent leur thème et deviennent normalement des coquilles sans âme. Parfois la reprise avec d’autres auteurs peut sauver une série, mais bien souvent c’est encore pire.

Et avec un humour répétitif et trop facile (Blutch est un lâche, Chesterfield lui colle des pains pour le faire obéir, paf, haha …) il y a déjà de gros défauts à la base. Dont ce tome n’est pas exempt d’ailleurs. Mais sous cette exécution un peu faible, se cache un scénario classique sans doute, mais efficace et avec quelques ambitions et qui est assez sympa. Et si l’on veut bien oublier un peu le style graphique, on a réellement quelques scènes d’action qui seraient dignes de figurer dans un truc plus sérieux.

Qui plus est, la série essaye régulièrement d’être plus qu’un divertissement et de proposer des faits historiques, cela n’a rien d’original, même Lucky Luke le fait, après tout, mais le sujet couvert étant assez original en Europe, ça m’a donné l’occasion d’apprendre ou de réviser quelques anecdotes intéressantes. Parfois, comme dans le Captain Nepel précité, ces « leçons » dépassent le cadre et on a le droit à une leçon de morale bien lourde. Et qui a tendance à enfoncer des portes ouvertes.

Quoique Blutch soit présenté comme intelligent et ayant toujours raison dans sa lâcheté, le patriotisme de Chesterfield qui est présenté comme stupide dans la série n’est pourtant pas dénué de sens, ni de valeur. Il est parfois nécessaire de se battre pour ce en quoi on croit, et dans le cas de cette guerre, notamment, on ne peut pas simplement dire que tout le monde avait tort et qu’elle n’a été conduite que pour de mauvaises raisons.

Aucun problème de ce genre toutefois dans cet album.

Graphiquement, bien sûr, ce n’est pas génial. D’autant plus que même dans le genre je trouve le trait de Salvérius trop rigide et Lambil qui reprendra la série fait mieux. De même au niveau des décors, tout ce qui pourrait être beau, spectaculaire ou autre est gâché par un style simpliste. Là encore, Lambil fera mieux dans d’autres albums de la série, sans jamais rien proposer de magnifique (d’après mes souvenirs).

Traitée différemment, cette historie avait pourtant du potentiel, c’est un peu dommage.

Pour aller plus loin :

Raoul Cauvin a créé ou participé à de ombreuses séries de BD, dont quelques gros succès dans la catégorie humour : les Tuniques bleues bien sûr, mais aussi Cédric, les Femmes en blanc, les Psys … pas franchement mon type de BD, faut bien dire.

Le dessinateur, Louis Salvérius, quand à lui, n’a pas eu le temps de faire grand chose, il est mort à seulement 38 ans, et je ne connais pas les quelques albums qu’il a fait en dehors de cette série.

Au tout début des années 90 (1989 en fait) la série a été adaptée en un jeu vidéo qui a eu pas mal de succès : North and South. Comment une BD belge en français s’est elle retrouvée adaptée en un jeu vidéo au public international ? Je ne sais pas, sans doute le fait que l’éditeur était Infogrames y est pour quelque chose. Je trouve tout de même amusant le fait qu’aux États-unis ou au Japon (et plein d’autres pays), ce jeu soit finalement plus connu que la BD. Tout dans ce jeu est aujourd’hui largement dépassé, mais j’ai quelques bons souvenirs d’y avoir joué, plutôt pour sa partie stratégique.

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